Question N° 116 : Pathologie auto-immune

 

PATHOLOGIES AUTOIMUNES: ASPECTS EPIDEMIOLOGIQUES, DIAGNOSTIQUES ET PRINCIPES DU TRAITEMENT

Dominique Bernard, Bernard Conte-Devolx et Brigitte Granel (Service du: Pr Pierre-Jean Weiller)

 

PLAN

1-Introduction

 

1-Mécanismes fondamentaux

 

2-1 Tolérance

 

2-2 Mécanismes de l'autoimmunisation

 

2-3 Mécanismes des lésions:

 

 maladie par autoanticorps ou avec autoanticorps?

 

    Rôle des anticorps

 

    Rôle des CIC

 

    Rôle des lymphocytes

 

 

 

 

3-Aspects épidémiologiques

 

  prévalence, incidence, évolution, mortalité, économie de la santé

 

  facteurs génétiques

 

  facteurs environementaux

 

    infections

 

    médicaments

 

    endocrino, grossesse

 

    psycho

 

4-Aspects diagnostiques

 

  4-1-Diagnostic clinique

 

4-1-1 Maladies autoimmunes systémiques

 

 

 

4-1-2 Maladies autoimmunes spécifiques d'organe

 

 

 

  4-2- Les autoanticorps les plus pertinents   

 

   

 

  4-3-Notion de seuil et d'autoimmunité physiologique

 

  4-4-Dépistage?

 

  4-5-Autres éléments:

 

inflammation,

   histopathologie,

 génétique

 

 

 

   

 

5-Principes du traitement

 

 

5-1- thérapeutiques immunologiques

 

anti-inflammatoires

 

immunosuppresseurs

 

autres immunomanipulations

 

Ig IV,   cytokines et anti-cytokines,  echanges plasmatiques, …

 

5-2- Thérapeutiques métaboliques

 

5-3- Autres:

 

 diététique,

 

crénothérapie,

 

, rééducation,

 

douleur,

 

soins palliatifs,

 

Prévention?

 

Suivi du traitement

 

Aspects éthiques?

 

 

 

1              INTRODUCTION

 

 

 

Les maladies auto-immunes sont des maladies dans lesquelles les lésions observées sont dues à la mise en jeu d’une réaction immunitaire vis à vis des constituants du soi. Il faut cependant savoir que la présence d’auto--anticorps non pathogènes, généralement à taux faible, est un phénomène possible normal chez un sujet sain., surtout chez la femme. Les maladies auto-immunes ( MAI) ne peuvent donc être définies que sur un ensemble de critères cliniques et biologiques déterminés , parmi lesquels le titre des auto-anticorps ( Aac) est fondamental. Ces maladies peuvent être schématiquement divisées en maladies auto-immunes spécifiques d’organes ou de tissus (comme les thyroïdites auto-immunes, la myasthénie et le pemphigus) ou et maladies auto-immunes non spécifiques d’organes encore appelées maladies systémiques (autrefois nommées collagénose, terme limitatif et incorrect qu’il ne faudrait plus utiliser) (tableau 1). Le prototype de ces dernières est le lupus érythémateux aigu disséminé (LED). La prévalence globale des MAI , bien que certaines d’entre elles soient très rares, fait de ce groupe de maladies un problème de Santé Publique, au même titre que les maladies cardiovasculaires et cancéreuses. Enfin, une meilleure compréhension de leur physiopathologie a permis des progrès considérable dans la thérapeutique des plus graves d’entre elles.

            Après un bref rappel indispensable des mécanismes fondamentaux, physiologiques et physiopathologiques, nous suivrons le plan fixé par l’intitulé de la question :Aspects épidémiologiques, aspects diagnostiques (en insistant sur le diagnostic biologique  et en ne prenant que quelques exemples pour illustrer le diagnostic clinique qui fait spécifiquement l’objet d’autres questions du programme) et principes du traitement.

 

 

 

2              MECANISMES FONDAMENTAUX

 

 

2-1  TOLERANCE DU SOI

 

La tolérance est un état de non réponse  immune à un antigène, spécifique de cet antigène; c'est un phénomène actif, induit par un contact préalable avec l'antigène. Normalement, un organisme est tolérant à ses propres constituants: c'est la tolérance du soi ou auto-tolérance. Celle-ci peut affecter les lymphocytes T et B; mais plus les T que les B.

 

 

2-1-1 La tolérance des T est induite essentiellement dans le thymus par délétion clonale des clones T autoréactifs (c.a.d. dont les récepteurs, les T Cell Receptors/TCR, peuvent reconnaître  un épitope du Soi), pendant leur maturation.

 

 

  Le répertoire T est en effet façonné par le double jeu des sélections positive, puis négative. Sans  revenir sur la génération aléatoire de la diversité des TCR, il faut se rappeler que, dans un premier temps, dans le cortex thymique, les lymphocytes T ayant acquis des TCR fonctionnels vont être sauvés d'une mort programmée apoptotique si ces  récepteurs reconnaissent avec une avidité suffisante les molécules du CMH exprimées sur les cellules épithéliales thymiques; c'est la sélection positive; elle concerne des cellules T CD4+/CD8+ qui deviennent alors des T CD4+ ou des T CD8+ selon qu'elles ont reconnu une molécule de classe II ou de classe I, respectivement. Dans un second temps, les cellules CD4+ ou CD8+ qui reconnaissent, semble-t-il avec une assez forte avidité, un épitope du soi présenté à la jonction cortico-médullaire par des cellules dendritiques ou des macrophages, en association avec une molécule du CMH, sont éliminées par apoptose: c'est la sélection négative ou délétion clonale.

 

   Ainsi, la grande majorité des clones T autoréactifs sont éliminés. Cependant, certains d'entre eux échappent à la délétion clonale thymique, soit parce que l'autoantigène correspondant n'est pas exprimmé dans le thymus(autoantigènes séquestrés), soit parce que l'épitope  en question n'est pas reconnu avec une avidité suffisante (ces épitopes sont appelés cryptiques  par opposition aux épitopes immunodominants).

 

 

2-1-2 Trois mécanismes additionnels contribuent à l'autotolérance en contrôlant les clones T ayant échappé à la délétion clonale thymique.

-

   L'ignorance, ou indifférence des T, concerne les épitopes présentés par les cellules des tissus qui n'expriment pas de molécules du CMH: les T peuvent entrer en contact avec eux sans les "« voir" », puisqu'ils ne peuvent reconnaître qu'un complexe épitope-CMH.

-

 

   L'anergie est un état de non réponse spécifique induit dans un lymphocyte T par une stimulation antigénique spécifique non accompagnée des signaux de "« costimulation" » délivrés par certaines molécules membranaires des cellules présentatrices d'antigènes (molécules B7 p.ex.).Ces molécules sont exprimées essentiellement par des cellules présentatrices activées; en leur absence, le lymphocyte T n'est pas tué, mais fonctionnellement inactivé, "« anergisé" ».

-

 

   Le troisième mécanisme est le contrôle des clones T autoréactifs par des lymphocytes T suppresseurs qui paraissent former un réseau analogue au réseau idiotypique des anticorps.

 

 

2-1-3 La délétion et l'anergie des lymphocytes B peuvent survenir au niveau central (moelle osseuse) ou périphérique ( ganglions lymphoïdes, rate,…).

 

 

  La tolérance des B est moins efficace que la tolérance des T: de nombreux lymphocytes B persistent dans l'organisme; mais il faut se souvenir que la pleine activation des B nécessite, en règle,  la coopération de cellules T, spécifiques d'un autre épitope (épitope dit "« porteur" ») de la même molécule ; le lymphocyte T fournissant au lymphocyte B un 2° signal ( le 1° signal est donné par la reconnaissance de l’épitope dit « hapténique » par le récepteur B) . Donc, en l'absence de T autoréactifs fonctionnels, les B autoréactifs ne sécréteront guère d'autoanticorps: ce sont les autoanticorps dits "« naturels" » (IgM, faible titre, polyspécifiques, non pathogènes).

 

 

2-1-4 Au total, l'autotolérance repose essentiellement sur la tolérance des lymphocytes T dont on peut penser qu'elle pourra être "« court-circuitée" » de différentes manières, fournissant alors au lymphocyte B le 2° signal nécessaire à la production de grandes quantités d'autoanticorps  potentiellement pathogènes..

 

 

 

2-2 MECANISMES  DE LAUTOIMMUNISATION

Mécanismes de l'autoimmunisation

 

Les mécanismes conduisant à une production dautoanticorps pathogènes par une rupture durable de lautotolérance sont mal connus. La contribution  indiscutable de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux ainsi que les résultats obtenus dans les modèles expérimentaux de MAI montrent que cette rupture est « multifactorielle ». Les principaux mécanismes qui pourraient être impliqués(et intriqués) sont les suivants:

Court-circuit des T auxilliaires tolérants : un antigène exogène peut présenter des similitudes de structure avec un antigène du soi de telle sorte que la même molécule portera des épitopes du Non Soi et un épitope du Soi. Ainsi, des lymphocytes T reconnaissant un épitope étranger, non toléré, pourront coopérer avec des lymphocytes B dirigés contre lépitope commun au Soi et à lantigène exogène, permettant ainsi aux B de produire de grandes quantités dautoanticorps. Ce mimétisme moléculaire pourrait rendre compte du rôle des infections dans lautoimmunité. De façon analogue, la modification physique (U V, chaleur) ou chimique (médicaments hapténiques) dun autoantigène peut déclencher une autoimmunisation.

Lexpression anormale des molécules de classe II à la surface des cellules parenchymateuses, qui, naturellement, nen expriment pas, pourrait permettre à des T ayant échappé à la délétion et à lanergie de « voir » un autoantigène. Des infections, en particulier virales peuvent induire une telle expression. On sait quexpérimentalement cela nest pas suffisant pour induire une autoimmunité-maladie, mais il faut toujours se rappeler que lautoimmunisation est multifactorielle.

Un défaut de contrôle par des cellules T suppressives pourrait contribuer à lautoimmunisation, comme le montrent certains modèles animaux et comme le suggèrent les déficits en fonction Tsuppressive constatés dans nombre de MAI.

Une hyperactivité des T ou/et des B est aussi évoquée et constatée dans des MAI, en particulier systémiques. Elle peut être due à une infection des B par le virus dEpstein Barr, à lactivation polyclonale par un super antigène (infectieux,…), à une GVH, à un traitement par lIL2 ou à un défaut dapoptose (gène lpr causant un déficit en Fas). On peut, là aussi, souligner le caractère multifactoriel de lautoimmunité-maladie, car si une infection EBV saccompagne de la production dautoanticorps, celle-ci est transitoire et ne conduit quexceptionnellement à une MAI.

Un défaut de contrôle par le réseau idiotypique est aussi suggéré par des modèles animaux et par lefficacité du traitement de certaines autoimmunisations par les Immunoglobulines Intraveineuses dont on a pu montrer que les anticorps anti-idiotypes étaient le principe actif .

 

  Enfin, vis à vis des autoantigènes séquestrés il ne semble pas y avoir de tolérance et on comprend qu'une lésion traumatique d'un oeilœil oeil puisse entraîner une lésion autoimmune de l'autre oeilœil (ophtalmie sympathique), puisque les antigènes du cristallin sont séquestrés; . Cependant;, la notion de cofacteurs est encore soulignée par la corrélation entre la survenue de l'ophtalmie sympathique et la septicité decelle d’une réaction inflammatoire au niveau de la plaie pénétrante de l'oeilœil.

 

 

 

2-3 Mécanismes des lésions:MECANISMES DES LESIONS

 

 

 

2-3-1 maladies par autoanticorps ou avec autoanticorps ?

 

 

  Les autoanticorps sont, à ce jours, les principaux marqueurs immunologiques des MAI; cependant, pour certains d'entre eux, la question se pose de leur responsabilité dans la pathogénie de la maladie. Sont-ils la cause ou la conséquence des lésions observées? C'est pourquoi il est plus correct de définir les MAI comme des maladies avec autoanticorps (avec des taux "« significatifs" » de certains autoanticorps) plutôt que comme des maladies par autoanticorps. La meilleure preuve de leur pathogénicité est donnée par l'efficacité du transfert de la maladie, ou au moins des symptômes, par le sérum d'un animal atteint à un animal sain. Chez l'homme, ce type de preuve est apportée par la constatation du transfert materno-foetalfœtal transitoire de la maladie ou de ses symptômes (Lupus néonatal, thyréotoxicose néonatale,...).

 

 

 

    2-3-2 Rôle des anticorps

 

 

       Les autoanticorps peuvent être responsables des lésions de plusieurs façons:

 

     En fixant et en activant le système du complément sur la membrane de la cellule portant l'antigène cible, provoquant la lyse de cette cellule (Anémie Hémolytique Autoimmune).

 

     En opsonisant la cellule ou la structure portant l'autoantigène correspondant, provoquant ainsi sa destruction par les macrophages (MyasthéniePurpura Thrombopénique Idiopathique).

 

     En modifiant le signal transmis par un récepteur cellulaire, soit dans le sens de l'activation, comme les anti-récepteurs de la TSH dans la maladie de Basedow, soit dans celui de l'hinibition, comme les anti-récepteurs de l'acétyl-choline dans la Myasthénie où plusieurs mécanismes concourrent au blocage de la plaque motrice.

 

     En provoquant la formation durable de Complexes Immuns Circulants (CIC) qui pourront se déposer dans les vaisseaux et entraîner des lésions de vascularite dans divers organes, sans rapport avec la spécificité tissulaire des autoanticorps (Lupus Erythémateux Disséminé).

 

 

    Rôle des CIC

 

    2-3-3 Rôle des lymphocytes T

 

 

Des lymphocytes T peuvent aussi , et,  ce, de manière conjointe ou isolée, être directement responsables des lésions de certaines MAI. Cela est certain dans des MAI expérimentales comme l'Encéphalomyélite Autoimmune Expérimentale (EAE) où etdans le Diabète Insulinodépendant (DID) de la souris NOD, par exemple , où la maladie n'est pas transmissible par le sérum, mais seulement par les lymphocytes T. C'est probable, mais moins facile à prouver , dans certaines MAI humaines comme la Polyarthrite Rhumatoïde (PR) et le DID de type I.

 

 

 

 

 

3-Aspects épidémiologiquesASPECTS EPIDEMIOLOGIQUES

 

 

EPIDEMIOLOGIE

3-1 INCIDENCE ET PREVALENCE

 

L’épidémiologie des maladies auto-immunes reste difficile à déterminer avec précision si l’on veut éviter les biais de sélection du fait du regroupement des patients dans les grands centres hospitaliers. Par exemple, la thyroïdite auto-immune resteles pathologies thyroïdiennes dysimmunitaires sont une maladie extrêmement fréquentes  (avec une incidence de la maladie de Basedow de 2  de 200 à 300à 3 cas pour 100 000 femmes et une prévalence de l’ordre de 1% chez la femme qui est touchée 10 fois plus souvent que l’homme,), alors que la le lupus érythémateux aigu disséminé est une maladie beaucoup plus rare avec une incidence d’environ 1 à 10 pour 100 000 habitants et une prévalence de 15 à 50 pour 100 000. Il en est de même pour la sclérodermie qui a une incidence d’environ 2 pour 100 000 habitants avec une prévalence de 20. L’incidence de la sclérodermie est cependant probablement sous-estimée, car les premiers symptômes ne sont bien souvent rattachés à la maladie que plusieurs années plus tard. L’incidence de la dermatopolymyosite est d’environ 0,2 à 0,8 cas pour 100 000 habitants et sa  prévalence varie de 5 à 10. La polyarthrite rhumatoïde et le syndrome de Gougerot Sjögren sont par contre des maladies systémiques plus fréquentes. La prévalence de la polyarthrite rhumatoïde est de  0,5 à 2% 500 à 2000 pour 100 000 chez la femme et 0,3 à 1% 300 à 1000 pour 100 000 chez l’homme. Pour le syndrome de Gougerot-Sjögren, l’incidence est d’environ 200 cas sur 100 000 habitants. Le Diabète Insulinodépendant de type 1 est aussi très fréquent (prévalence : 200 à 300 pour 100 000). La prévalence de la maladie coeliaque paraît largement sous-estimée (100 à 200 pour 100 000) puisque des études récentes de dépistage des formes frustes la situe à près de 1/200 ! Au total, une meilleure efficacité diagnostique, laugmentation de la durée de vie des populations et la diminution de la mortalité des plus sévères d’entre elles grâce à une meilleure prise en charge thérapeutique, font du groupe des MAI un problème de Santé publique important, que lon situe juste derrière les cancers et les maladies cardiovasculaires avec une prévalence globale estimée autour de 5 à 10%.

 

3-2 SEX RATIO

 

 

De façon générale, les maladies auto-immunes s’observent préférentiellement chez la femme. Si l’on prend l’exemple du lupus érythémateux aigu disséminé, la prédominance féminine est très nette avec un sexe ratio de 9 pour 1. Pour la sclérodermie, la prédominance féminine est de 3 à 6 femmes pour 1 homme. Ces maladies s’observent à tout âge mais,  préférentiellement chez la femme, préférentiellement en période d’activité ovarienne, avec un pic de fréquence entre 10 et 40 ans pour le lupus érythémateux aigu disséminé et entre 30 et 50 ans pour la sclérodermie. Les dermatopolymyosites ont deux pics de fréquence : l’un dans la deuxième enfance et l’autre entre 40 et 60 ans. Le syndrome de Gougerot Sjögren s’observe quant à lui autour de la période de la ménopause (âge moyen lors de l’apparition du premier symptôme de 43 ans). Les maladies auto-immunes touchent toutes les ethnies mais le lupus érythémateux aigu disséminé est plus fréquent et souvent plus grave chez les sujets de race noire ou les asiatiques.

 

 

3-3 FACTEURS GENETIQUES

 

Les maladies auto-immunes sont d’origine « multifactorielle. » En effet, la prédisposition à ces maladies repose le plus souvent à la fois sur des facteurs propres à l’individu (facteurs génétiques et endocriniens) et des facteurs d’environnement. L’existence d’une prédisposition génétique est démontrée par les formes familiales de maladies auto-immunes spécifiques ou non spécifiques d’organes (la fréquence des formes familiales du lupus érythémateux disséminé est évaluée à environ 8%) et surtout par la concordance de ces maladies chez les jumeaux monozygotes (25% et 30% de concordance dans le LED et le DID; respectivement). Cependant cette concordance n’est que partielle, ce qui suggèrene dépasse par 40%, suggérant le rôle d’autres facteurs, en particulier l’environnement.

 

Les facteurs génétiques associés aux maladies auto-immunes ont initialement concernés certains phénotypes du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH). Leur implication comme terrain génétique favorisant l’émergence de maladies auto-immunes est variable selon les maladies étudiées : . Elle est forte et précise forte pour certains allèles de DR1 et DR4 (appartenant au CMH de classe II) au cours de la polyarthrite rhumatoïde, les allèles de susceptibilité codant pour une séquence d’acides aminés commune en position 70-74 de la chaîne DRβ. Elle est forte et précise aussi dans le cas du Diabète Insulinodépendant pour les allèles DR3 et DR4 (surtout s’ils sont associés) et plus précisément pour les allèles DQB1, dont ceux qui codent pour une alanine, une sérine ou une valine en position 57 sont des gènes de susceptibilité, alors que ceux qui codent pour un aspartate en cette même position 57 sont protecteurs . 90% des maladies coeliaques expriment l’haplotype B8-DR3-DQ2. L’implication des gènes du CMH est par contre plus faible , bien que significative, pour la plupart des autres faible MAI ; c’est par exemple le cas pour pour DR2 ou DR3 dans le lupus érythémateux aigu disséminé (38% des LED possèdent DR3, contre 20% chez les témoins. Les déficits en complément (fractions C1q, C1r, C1s, C2 et C4) sont associés a une incidence accrue de maladies auto-immunes. Le prototype est le déficit complet en C1q C4 qui s’accompagne presque constamment d’un lupus érythémateux disséminé. Le déficit en immunogloblines A est également fréquemment associé à des désordres auto-immuns. Actuellement d’autres gènes sont en étude au cours des maladies auto-immunes, comme les gènes portant sur certains récepteurs des immunoglobulines et sur les récepteurs des lymphocytes T, sur des gènes de cytokines et sur des gènes régulant les phénomènes d’apoptose (Fas ligand, bcl2 ..) ou de régulation de l’activation lymphocytaire (CTLA-4, CD40 ligand …). Au total, la susceptibilité aux MAI est multipolygénique, ce que confirment les études en cours dans les modèles animaux de MAI: 7 à 10 loci sont impliqués dans la susceptibilité à lEAE; il en est de même pour le DID et pour le Lupus murins.

 

3-4 FACTEURS ENVIRONNEMENTAUX

 

Les

Parmi les facteurs d’environnement incriminés, comprennent les infections l’implication des infections est suggérée par de nombreux arguments indirects, comme, par exemple, une fréquence anormalement élevée d’anticorps anti virus d’Epstein-Barrretrouvées fréquemment associées à  dans certaines maladies auto-immunes comme l’infection par le virus d’Epstein Barr dans la polyarthrite rhumatoïde et la Sclérose En Plaques. Il existe aussi, pour certaines ces 2 maladies, comme par exemple la polyarthrite rhumatoïde, un gradient géographique de fréquence nord/sudSud / Nord qui ne peut se résumer à la seule contribution de facteurs génétiques, suggérant là encore un facteur environnemental. Plus pertinentes sont les communautés de structures  entre bactéries et autoantigènes qui rendent compte de la pathogénie de l’arthrite aux adjuvants du rat (Mycobacterium tuberculosis et membrane synoviale) et de celle du Rhumatisme Articulaire Aigu de l’homme (protéine M du streptocoque et endocarde). Cependant de tels arguments directs sont rares et les infections ne peuvent probablement pas, à elles seules, êtres responsables de maladies auto-immunes; elles surviennent probablement sur un terrain génétique favorisant ou sont associées à d’autres facteurs de susceptibilité à ces maladies.

 

Les hormones sexuelles ont un rôle important rôle dans l’apparition de maladies auto-immunes. Les modèles expérimentaux d animaux, la survenue des maladies auto-immunes essentiellement préférentiellement chez la les femmes en période d’activité génitale et les rôles possiblement parfois aggravants de la grossesse et de la pilule contraception hormonale confirment l’importance cette importancede l’environnement hormonal. De façon générale, les estrogènes oestrogènes sont impliquées dans le déclenchement de l’auto-immunité, avec les mêmes réserves que celles déjà citées concernant le rôle des infections; ce sont davantage probablement des facteurs déclenchant qui révèlent la présence d’un terrain auto-immun sous-jacent.

 

Les rayons ultraviolets sont également capables de déclencher une maladie auto-immune et on connaît le caractère très photosensible de l’éruption cutanée du lupus.

 

De même, certains médicaments induisent l’apparition d’auto-anticorps et de certaines manifestations cliniques de maladies auto-immunes (le modèle classique est celui du traitement par procaïnamide dans l’apparition d’un lupus érythémateux disséminé). Des médicaments plus récemment utilisés comme l’interféron alpha (prescrit par exemple dans le traitement des hépatites virales ) et les anti-tumor necrosis necrosis factors alpha peuvent induire une auto-immunité biologique qui peut même parfois même s’accompagner de manifestations cliniques.

 

L’exposition professionnelle à des substances toxiques a été impliquée dans la survenue d’une sclérodermie. L’exposition à la silice est parfois retrouvée chez les patients présentant une sclérodermie. Le syndrome d’Erasmus est défini par l’association silicose-sclérodermie. Les sujets en contact avec du chlorure de vinyle peuvent développer un syndrome de Raynaud avec sclérose cutanée et une acro-ostéolyse. Le syndrome de l’huile toxique espagnole est un modèle de sclérodermie induite. De façon plus discutable, la pose d’implants en silicone a été incriminée dans l’apparition d’une sclérodermie. La recherche d’un facteur d’environnement doit être effectuée lors du diagnostic de sclérodermie, surtout si elle survient chez un homme.
. Enfin, la sclérodermie et la dermatopolymyosite sont parfois associées à un cancer et sont alors considérées comme des syndromes paranéoplasiques. Ces deux maladies imposent donc la recherche d’une néoplasie sous-jacente.

 

 

4-Aspects diagnostiques4- ASPECTS DIAGNOSTIQUES

 

  4-1-Diagnostic clinique

 

4-1-1 Maladies autoimmunes systémiques DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE

 

 

4-1-1 Les autoanticorps les plus pertinents

 

Les autoanticorps (Aac) sont les principaux marqueurs immunologiques des MAI. Ils peuvent être utiles dans 3 circonstances : établir un diagnostic difficile, poser le diagnostic étiologique d’un syndrome ou suivre l’évolution d’une MAI sous traitement. Par contre, ils ne peuvent pas servir d’ outil de dépistage d’une MAI donnée au sein de l ‘ensemble d’une population du fait de la faible prévalence de la maladie considérée et de la présence de quelques « faux positifs » dans la population normale L’existence de l’autoimmunité physiologique , qui se traduit par des taux faibles ou très faibles d’AAc chez l’individu normal, permet de bien comprendre la notion de seuil : un titre d’autoanticorps inférieur à ce seuil n’aura pas de signification pathologique. Ce seuil est variable  d’un autoanticorps à un autre , selon la technique utilisée et, éventuellement, selon le sexe et l’âge ; il doit être signalé par le biologiste et pris en compte par le clinicien. Nous n’envisagerons que les autoanticorps les plus pertinents sur le plan du diagnostic ; successivement les anti-antigènes nucléaires, non spécifiques d’organe, les autres autoanticorps non spécifiques d’organe et les autoanticorps spécifiques d’organe ou, du moins, associés à des MAI spécifiques d’organe.

 

Autoanticorps anti-antigènes nucléaires

 

. La recherche d’autoanticorps anti-noyaux des cellules (AN) est le test de dépistage le plus sensible et le plus utilisé pour les MAI systémiques. Ce test utilise actuellement des cellules d’origine cancéreuses (HEp2) fixées sur une lame et la présence d’anticorps anti-nucléaires est révélée par une technique d’immunofluorescence indirecte. La positivité du test indique la présence d’anticorps dirigés contre un ou plusieurs antigènes nucléaires que l’on pourra ensuite caractériser par d’autres techniques. On peut déjà apprécier le type de fluorescence (homogène souvent associée à la présence d’anticorps anti-histone ou anti-ADN, périphérique plus évocatrice de la présence d’anti-ADN, mouchetée associée à la présence d’anticorps reconnaissant diverses nucléoprotéines solubles comme les Sm, les RNP, SS-A et SS-B et enfin nucléolaire ou centromérique au cours de la sclérodermie). Il faut aussi apprécier le titre des AN qui se défini par l’inverse de la dernière dilution pour laquelle ils restent positifs. Le seuil est fixé autour de 80 ou 100, voire plus haut, chez l’individu âgé, surtout la femme. Dans le lupus systémique, les AN sont présent dans plus de 90% des cas et ils ont souvent des titres supérieurs ou égaux à 500. Ces autoanticorps se retrouvent également dans d’autres maladies auto-immunes systémiques avec une fréquence assez élevée qu’il est difficile d’appréhender d’après les données de la littérature qui sont très discordantes (variations techniques, biais de recrutement, etc…) :de 13 à 96% ( !) au cours des sclérodermies, de 40 à 70% dans le Syndrome de Gougerot- Sjögren, de 15% à 30% dans les dermatopolymyosites , de 30 à 70% dans la Polyarthrite Rhumatoïde, et de 100% dans les Connectivites Mixtes. Il peut aussi être positif , mais en général à des titres faibles de l’ordre de 100 ou 200, dans diverses maladies (leucémies, cancers, infections virales..) et même chez des sujets normaux, surtout âgés). C’est donc, vis à vis du LED, un test très sensible mais peu spécifique.

 

La mise en évidence d’anticorps anti-ADN natif est le signe biologique le plus spécifique du LED. Le test de référence est le test radio-immunologique de Farr, mais d’autres sont possible comme le test d’immunofluorescence indirecte à partir du kinétoplaste de Crithidia luciliae ou un test ELISA. A titre d’exemple, le test de Farr est positif chez 50 à 95% des sujets atteints de LED. Plus souvent positif en phase active qu’en phase inactive de la maladie , il peut se négativer sous traitement. Il est exceptionnellement positif dans d’autres maladies que le LED dont il est donc un test très spécifique et assez sensible.

 

Les anticorps anti-antigènes nucléaires solubles reconnaissent des protéines non basiques et relativement solubles dans les tampons salins. Nombre de ces protéines solubles sont liées à des petits ARN riche en uridine de faible poids moléculaire, présents dans le nucléoplasme, le nucléole mais aussi, pour certains, le cytoplasme. Cette catégorie regroupe principalement les anticorps anti-Sm, -RNP , -SS-A (Ro), -SS-B (La) ,- PMScl,- JO1 et -Scl70 (ou anti-ADN topoisomérase I). La recherche de ces anticorps n’est indiquée, en règle, que lorsque la recherche des AN par immunofluorescence s’est révélée positive. Elle fait appel à une technique d’immunodiffusion (technique d’Ouchterlony) complétée de plus en plus souvent par des techniques immunoenzymatiques pour leur caractérisation. Les anti-Sm ne se rencontrent guère que dans le LED, dont ils sont très spécifiques, mais leur sensibilité est faible (20 à 30%). Les anti-RNP ne sont pas spécifiques d’une maladie auto-immune mais ils sont presque toujours positifs( 93 à 100%des cas)  dans les Connectivites Mixtes (CM) où leur négativité doit faire discuter la justesse du diagnostic. Ils sont en effet présents dans 30 à 40% des cas de LED et 15 à 20% des cas de Sclérodermie. Au cours du syndrome de Gougerot Sjögren (SGS), les anti-SS-A et les anti-SS-B s’observent dans 40 à 60% des cas, mais, dans le lupus, les anti-SSA sont présents dans 25 à 35% des cas et les anti-SS-B dans 10% ; les anti-SS-B sont donc un peu plus spécifiques du SGS, mais pas très sensibles. Leur intérêt réside plutôt dans les troubles de la conduction auriculo-ventriculaire que l’on peut observer chez les nouveaux-nés issus de mères SS-A positives ; cependant, même dans ce cas, cet accident ne survient que dans environ une grossesse sur 20. Les anti-SS-A sont aussi retrouvés dans 8 à 30% des cas de dermatomyosites. Les anti-SS-A, cytoplasmiques, peuvent échapper au dépistage des AN par immunofluorescence ; il est donc légitime, si l’on soupçonne leur existence, de les demander même si les AN sont négatifs. Les anticorps anti-PM-Scl s’observent plutôt au cours d’une forme mixte de polymyosite avec sclérodermie. L’anticorps anti-JO1 (dirigé contre une sous-unité de l’histidyl-ARN synthase se localisant dans le noyau), s’observe au cours des dermatomyosites ou polymyosites caractérisées par une fibrose pulmonaire interstitielle diffuse. Les anti-Scl70, ou topoisomérase I, sont spécifiques de la Sclérodermie Systémique et s’observent dans 20 à 30% des cas. Enfin, les anti-centromères sont presque spécifiques d’une forme particulière de Sclérodermie, le syndrome de CREST. En résumé, les AN sont le test de dépistage des MAI systémiques, les anti-DNA natif et anti-Sm sont spécifiques du LED et les anti-antigènes nucléaires solubles sont des marqueurs plus ou moins spécifiques d’entités nosologiques dont le diagnostic clinique est souvent malaisé.

 

 

Autres autoanticorps non spécifiques d’organe

 

Anti-Phospholipides

            Les antiphospholoipides représentent une famille très hétérogène d’autoanticorps dont l’importance croissante vient de ce qu’ils font partie intégrante de la définition du syndrôme des antiphospholipides (SAPL) ; celui-ci associe en effet des thromboses , des avortements ou des pertes fœtales répétées et des anticorps antiphospholipides. Les principaux sont les anticardiolipine (ACL), les anticoagulants circulants (ACC) et les anti- bêta 2 glycoprotéine 1 (Aβ2GP1) :

Les ACL sont mis en évidence par un test de type ELISA. Ils sont fréquents dans le LED, surtout si celui-ci est compliqué d’un SAPL(dit SAPL secondaire) , ainsi que dans le SAPL isolé (dit primaire) . Les ACL se rencontrent  aussi dans nombre de maladies infectieuses (  ils ne s’accompagnent pas de thromboses), ce qui rend leur présence peu spécifique. Les ACL du LED et du SAPL se distinguent de ceux que l’on rencontre dans les infections essentiellement car ils persistent pendant plus de 3 mois à des taux relativement élevés ; par ailleurs, leur mise en évidence, par ELISA, nécessite la présence dans la réaction d’un cofacteur sérique : la β2GP1. En réalité, il est de plus en plus probable que le véritable antigène de ces anticorps est la β2GP1 elle-même, dont la structure est modifiée par sa liaison avec la cardiolopine (ou avec le plastic irradié d’une plaque ELISA). Au contraire, dans les infections, les ACL reconnaissent directement la cardiolipine.

Les ACC (ou anticoagulants de type lupique, ou lupus anticoagulants, ainsi nommés parce qu’ils se rencontraient surtout dans le LED) sont des anticorps antiphospholipides objectivés par un allongement des tests de coagulation non corrigés par l’apport de plasma normal. Vis à vis du SAPL, Ils ont à peu près la même sensibilité que les ACL, mais leur recherche en est complémentaire, car ils peuvent être seuls positifs, et réciproquement.

Les anti- β2GP1, recherchés par ELISA sur plaques irradiées, ne se rencontrent guère dans les infections et sont donc plus spécifiques du SAPL vis à vis duquel ils sont cependant moins sensibles que les ACL ou les ACC.

Les autres anticorps anti-phospholipides (phosphatidyléthanolamine, phosphatidyjsérine,…) et anti-cofacteurs (prothrombine, protéine C, protéine S,…) n’ont pas encore fait réellement la preuve de leur intérêt clinique.

 

Facteurs Rhumatoïdes

            Les Facteurs Rhumatoïdes sont des autoanticorps anti-IgG humaines et/ou animales (lapin,…) qui reconnaissent des épitopes sur le fragment Fc. On les détecte et on les dose par le test au latex  dans lequel les FR de classe IgM agglutinent des particules de polystyrène recouvertes d’IgG humaines et par la réaction de Waaler-Rose où ces anticorps agglutinent des GR humains Rh sensibilisés par des anticorps de lapin anti GR humains. Ces tests d’agglutination ne détectent pratiquement pas les éventuels FR d’isotype IgA ou IgG, mais sont, en pratique, suffisants pour le diagnostic de la Polyarthrite Rhumatoïde. Sensibilité et spécificité des FR dépendent beaucoup du contexte clinique : la sensibilité est d’environ 80% dans une PR évoluant depuis quelques années mais seulement de l’ordre de 30% dans les  premiers mois de la maladie ( contre 0 à 6% chez les sujets sains) ; la spécificité est médiocre (40%) si le contexte clinique est mal ciblé ( fièvre, baisse de l’état général, arthralgies diffuses) , mais bonne (80%) s’il s’agit de polyarthrites. En effet, les FR sont fréquents dans les maladies infectieuses chroniques et non exceptionnels dans d’autres MAI et chez les sujets âgés. Des titres élevés de FR  pourraient être de mauvais pronostic.

 

Anti-mitochondries

            Les anti-mitochondries les plus fréqemment rencontrés et les plus utiles sont révélés et dosés en routine par immunofluorescence sur triple substrat (foie,rein et estomac de rat) dont ils marquent les cellules riches en mitochondries. L’antigène cible est le plus souvent une sous-unité de 70 kD de la pyruvate deshydrogénase. Ces anticorps, à un titre sup ou égal à 80,  ont une excellente sensibilité pour la cirrhose biliaire primitive (CBP) : 90 à 99%, ainsi qu’une très bonne spécificité puisqu’on ne les trouve que rarement ailleurs. Il s’agit donc d’un Aac non spécifique d’organe qui est pourtant très spécifique d’une MAI spécifique du Foie.

 

Anti-Muscle Lisse

            Les anti-Muscle Lisse les plus intéressants en clinique sont les anti-actine qui, à un titre supérieur ou égal à 80, sont très sensibles et spécifiques vis à vis des Hépatites chroniques autoimmunes ( en particulier des hépatites autoimmunes de type 1). On les détecte par immunofluorescence sur triple substrat et les caractérise par immunofluorescence sur cellules Hep2. Les autres  antigènes du cytosquelette sont la cible d’autoanticorps de moindre intérêt car beaucoup moins spécifiques.

 

Anti-microsomes

            Les anticorps anti-microsomes de Foie et de Rein (ou anti-LKM pour Liver/Kidney Microsomes, ou encore anti-Reticulum Endoplasmique) sont aussi détectés par immunofluorescence sur triple substrat. Les plus utiles en clinique sont les anti-LKM1, dirigés contre le cytochrome P450 2D6, et rencontrés dans les Hépatites Autoimmunes de type 2 (titre supérieur ou = à 80 dans 80% des cas) , mais aussi dans l’Hépatite Virale C ( 1 à 5%) et dans les hépatites induites par l’halothane (25%).

 

Anti-cytoplasme des polynucléaires

            Les anticorps anti-Cytoplasme des Polynucléaires Neutrophiles( ou ANCA pour anti-Neutrophil Cytoplasm Antibodies) sont révélés par immunofluorescence sur des poly nucléaires en culture .Deux aspects prédominent : les cANCA (cytoplasmic ANCA) donnent une fluorescence clairement cytoplasmique et granulaire ; ils correspondent le plus souvent à des anti-protéinase 3 que l’on peut caractériser et doser par ELISA et qui sont très spécifiques de la Granulomatose de Wegener (sensibilité autour de 66% et spécificité autour de 98%) . Fait intéressant, le titre des cANCA diminue quand le traitement est efficace, mais la valeur prédictive de rechute attribuée à une remontée du titre est très discutée. Le deuxième aspect est moins spécifique : les pANCA donnent une fluorescence périnucléaire dont la cible n’est qu’une fois sur 2 environ la myéloperoxydase ; les autres antigènes sont l’élastase, la cathepsine G, la BPI, le lysozyme, la lactoferrine ou indéterminés. Les anti-myéloperoxydase, et, à un moindre degré, les anti-protéinase 3, sont des marqueurs sensibles d’autres vascularites  systémiques : Polyangéite microscopique, syndrome de Churg et Strauss et Glomérulonéphrite sclérosante pauci-immune. Dans le syndrome de Goodpasture, les anti-membrane basale glomérulaire sont associés une fois sur 2 à des ANCA.

 

Autoanticorps  associés à des MAI spécifiques d’organe

 

            Nous décrirons sous ce titre des autoanticorps spécifiques de tissus et en rapprocherons les anti-gliadine parce qu’ils sont associés à la maladie coeliaque.

 

Anti-thyroïdiens

            Les anti-Thyroglobuline (TG) et les anti-thyroperoxydase (TPO) se dosent par ELISA ; les anti-récepteurs de la TSH, par une technique radioimmunologique.

            Les anti-TPO sont pratiquement constants dans la thyroïdite de Hashimoto et dans le myxoedème primitif (99%) et très fréquents aussi dans la maladie de Basedow (75%) .Les anti-TG sont un peu moins sensibles (85 et 50%, respectivement) et exceptionnellement isolés ; leur recherche n’est donc indiquée que devant des anti-TPO négatifs dans un contexte où une thyroïdite autoimmune est néanmoins suspectée. Les anti-TG et -TPO sont élevés chez  4 à 8% des sujets sains et plus encore  chez la femme et après 60 ans. Ils sont assez souvent % des cas)élevés dans d’autres MAI, sans que l' atteinte fonctionnelle de la glande soit fréquente .

Les anti-récepteurs de la TSH sont de bons éléments de diagnostic de la maladie de Basedow , le plus souvent.car ils sont élevés dans 90% des cas, rares dans les autres thyroïdites et exceptionnels chez les sujets sains. Ils sont clairement pathogènes, stimulant le récepteur, et responsables de l'hyperthyroïdie du Basedow (très exceptionnellement ils sont bloquants et responsables alors d'une hypothyroïdie). Traversant le placenta (ce sont des IgG), ils peuvent entraîner une hyperthyroïdie néonatale transitoire.

 

 

Anti-peau

            Ce sont de bons éléments de diagnostic dans les MAI Bulleuses; leur pathogénicité a souvent été démontrée et leurs cibles identifiées. Ils sont dépistés, en routine, par des tests d'immunofluorescence soit directe, sur une biopsie de peau lésée, soit indirecte, sur des coupes de peau humaine ou de lèvre de lapin.  Les anticorps anti-substance intercellulaire (inter-kératinocytaires) définissent le groupe des Pemphigus (pemphigus vulgaire, pemphigus superficiel et pemphigus paranéoplasique) (ils sont présents dans 90% des cas), tandis que les anti-jonction dermo-épidermique se rencontrent dans les Pemphigoïdes (pemphigoïde bulleuse –90%des cas -, pemphigoïde cicatricielle –10 à 30% des cas-, pemphigoïde gestationis) , la Dermatose à IgA linéaire et l'Epidermolyse Bulleuse Acquise. Le contexte clinique est particulièrement important car des Ac anti-substance intercellulaire , pae ex., se trouvent aussi parfois dans les brûlures, les LED et d'autres maladies de peau. L'immunomarquage en microscopie électronique et les techniques d'immunotransfert ont permis de caractériser les antigènes cibles de ces anticorps. Ce sont des techniques trop lourdes pour être pratiquées en routine, mais l'immunotransfert peut aider à certains diagnostics difficiles car certaines spécificités sont très fortement associées à telle ou telle forme clinique. Par exemple: protéine de 230 kD (BPAg1) des hémidesmosomes de la jonction dermo-épidermique et Pemphigoïde Bulleuse,  desmoplakine des desmosomes inter-kératinocytaires et Pemphigus paranéoplasique.

 

Anti-récepteur de l’acétyl-choline

            Le dosage des Aac anti-recepteur de l’acétyl-choline (anti-RACh)  est un dosage radio-immunologique dans lequel le récepteur est marqué par de l’alpha-bungarotoxine iodée. La présence de ces anticorps est très spécifique de la Myasthénie. Sa sensibilité est moyenne dans la Myasthénie oculaire (50 à 60%) et excellente dans la Myasthénie Généralisée (80 à 95%). La corrélation des titres avec l’activité de la maladie rendent ce test utile au suivi thérapeutique.Ces anticorps sont pathogènes, comme en témoignent, entre autres, les syndromes myasthéniques transitoires observées chez certains10 à 20% des  nouveau-nés de mère myasthénique.

 

Anti-estomac

            Les anti-cellules pariétales gastriques  et les anti-Facteur Intrinsèque sont associés à la Gastrite Atrophique de type A et à l’Anémie de Biermer  qui paraît en découler. Les anti -cellules pariétales sont recherchés par immunofluorescence sur coupes d’estomac de rat ou de souris ; ils reconnaissent l’ATPase  H+/K+ dépendante ,ou pompe à protons) ; ils sont très fréquents dans l’Anémie de Biermer (70à 100%), un peu moins dans la Gastrite Atrophique (20 à 50%) et surtout peu spécifiques puisque on en trouve fréquemment dans les endocrinopathies autoimmunes , notamment thyroïdites et DID, dans les cancers gastriques  (20 à 40%) et même chez  les sujets sains, surtout âgés (5 à 15%). Les anti-Facteur Intrinsèque sont, eux, des marqueurs de l’Anémie de Biermer dont ils sont très spécifiques, mais leur sensibilité est plus faible (50 à 70% des Biermériens). Leur dosage est radioimmunologique.

 

Anti-membrane basale glomérulaire

            Les anti-MBG (membrane basale glomérulaire) sont, au mieux, détectés par immunofluorescence directe sur la Ponction Biopsie Rénale  des patients suspectés de syndrôme de Goodpasture ; un dépôt linéaire d’IgG est très spécifique de cette maladie. Ces anticorps peuvent aussi être recherchés par immunofluorescence indirecte sur coupes de rein humains ou simiens ainsi que par ELISA. Ces anticorps reconnaissent aussi le même antigène sur la membrane alvéolaire pulmonaire, ce qui explique probablement l’habituelle atteinte pulmonaire ; c’est le domaine NC1 de la chaîne  α 3 du collagène IV. D’autres antigènes peuvent être la cible dautoanticorps rencontrés dans d’autres glomérulonéphrites (certaines GN lupiques, la maladie de Berger.

 

Anti-système nerveux

            Les anti-MAG (myelin associated glucoprotein) sont des IgM monoclonales  et sont associés à des neuropathies sensitives ou sensitivo-motrices démyélinisantes. On les recherche par les techniques d’immunotransfert dans le cadre de polyneuropathies associées à une IgM monoclonale. Les anti-gangliosides (ce sont des glycolipides ubiquitaires dont le Système Nerveux est particulièrement riche) les plus fréquents en clinique sont les anti-GM1. Des IgM (polyclonales)anti-GM1 se rencontrent chez 30 à 50% des patients atteints de Neuropathies Motrices Multifocales avec Bloc de Conduction(NMMBC). Ils ont un grand intérêt pronostic car ils prédisent une sensibilité de la neuropathie au traitement par les Ig IV. On trouve aussi des anti-GM1 dans certains Guillain-Barré  qui seraient secondaires à une infection par Campylobacter jejuni (réaction croisée du LPS de C. jejuni avec le GM1).

 

Autoanticorps associés au diabète

            Parmi les nombreux autoanticorps associés au Diabète Insulinodépendant autoimmun ( DID), 4 méritent une mention spéciale. Les ICA (islet cell antibody) sont des anticorps anti cellules β des ilôts de Langerhans objectivés par immunofluorescence sur coupes de pancréas humain. Les anti-GAD (Glutamic Acid Decarboxylase) ,les anti-IA-2 (dirigés contre une protein-tyrosine-phosphatase) et les anti-insuline le sont par des techniques radioimmunologiques. La recherche des ICA est la technique originale ; elle détecte les anti-GAD et les anti-IA-2, mais pas les anti-insuline qui peuvent être les premiers à apparaître.  De plus elle est très mal standardisée et peu reproductible. Les anti-GAD (présents dans 80% des cas au début de la maladie), -IA-2 et insuline (présents dans 50% des cas au début de la maladie) sont plus fiables et intéressent le clinicien à 2 titres : la présence d’au moins un de ces 3 Ac affirme l’étiologie autoimmune d’un diabète et, chez les sujets à risque (germain d’un DID ayant un des génotypes HLA de susceptibilité) , a une valeur prédictive du développement d’un DID d’autant plus élevée qu’elle est associée à 1 ou 2 autres autoanticorps. Malheureusement, à ce jour, cette prédiction  ne peut pas être suivie d’une thérapeutique préventive efficace. Ces anticorps ne semblent pas avoir d’intérêt dans le suivi thérapeutique : ils tendent spontanément à disparaître au cours de l’évolution.

 

Autoanticorps associés à la maladie coeliaque

            La maladie Coeliaque (MC) est à la fois une intolérance au gluten contre lequel sont dirigés des réponses immunes, dont les Ac anti-gliadine (qui ne sont pas des autoanticorps), et une maladie autoimmune avec des réponses autoimmunes contre l’endomysium des fibres musculaires lisses, la réticuline et, récemment découverts comme étant le principal autoantigène reconnu par les anti-endomysium, la transglutaminase tissulaire (tTG). Les plus sensibles (85 à 100%) et les plus spécifiques (95 à100%)  vis à vis de la MC - et de la Dermatite Herpétiforme qui en est probablement la forme cutanée -  sont les IgA anti-endomysium et les IgA anti-tTG . Les anti-endomysium se recherchent par immunofluorescence sur coupes d’œsophage de singe et sont actuellement la meilleure technique validée. Cependant elle n’est pas toujours facile à interpréter, relativement lourde et semi quantitative ; c’est pourquoi la recherche des IgA anti-tTG, recherche et dosage par ELISA, non lecteur-dépendant, réellement quantitative et automatisable, fait l’objet d’importants protocoles d’évaluation dont les résultats préliminaires montrent une sensibilité et une spécificité équivalente à celle des anti-endomysium. Si ces résultats se confirment, les IgA anti-tTG devraient détrôner  les anti-endomysium, d’autant plus que ce test ELISA est beaucoup mieux adapté au dépistage des très nombreuses formes frustes de la maladie . Ce dépistage est nécessaire car , ici, un traitement efficace pour prévenir les complications peut être mis en œuvre :le régime sans gluten. Les anti-gliadine, si l’on dose les IgG et les IgA, ont une sensibilité à peu près équivalente aux IgA anti-endomysium, mais une spécificité insuffisante : on en rencontre dans la Polyarthrite Rhumatoïde, des hépatopathies, des néphropathies. Ils semblent cependant intéressants, d’une part chez les enfants de moins de 2 ans chez lesquels les IgA anti-gliadine pourraient apparaître avant les IgA anti-endomysium et , d’autre part, en cas de déficit en IgA – qui est assez fréquent dans la M C les IgG anti-gliadine seraient présentes. Les anti-réticuline se sont avérés moins sensibles et moins spécifiques (mais ce point est encore discuté)  que les anti-endomysium .Enfin, il est important de savoir que le titre des anti-gliadine et celui des anti-endomysium diminue en quelques mois au cours d’un régime sans gluten bien suivi ,  et augmente à nouveau en cas d’écarts de régime, ce qui fait de ces anticorps de bons outils de suivi du traitement.

           

 

 

4-1-2 Les autres éléments biologiques

 

 

4-1-2 Maladies autoimmunes spécifiques d'organe

 

 

 

  4-2- Les autoanticorps les plus pertinents    

 

ANOMALIES BIOLOGIQUES AU COURS DES MALADIES AUTO-IMMUNES

 

Les anomalies biologiques fréquemment observées au cours de ces maladies concernent les perturbations de l’hémogramme, les troubles de la coagulation, les signes biologiques témoins d’une souffrance viscérale et les perturbations immunologiques avec la synthèse d’auto-anticorps spécifiques ou non d’organes.

 

 

Les perturbations de l’hémogramme comprennent :

 

Une anémie d’étiologie variable ; hémolytique d’origine auto-immune à Coombs positif, par carence martiale (hémorragie, trouble de l’absorption), secondaire à une insuffisance rénale chronique, par microangiopathie thrombotique, par phénomène immuno-allergique (médicaments), d’origine mégaloblastique (en cas de maladie de Biermer associée) ou enfin par érythroblastopénie (particulièrement en cas de thymome). Il est important de noter que l’origine inflammatoire de l’anémie est rare dans le lupus, la sclérodermie ou le syndrome de Gougerot Sjogren.

 

Une leucopénie inférieure à 4000/mm3 avec le plus souvent une lymphopénie inférieure à 1000/mm3 ou parfois une neutropénie inférieure à 2000/mm3 sont souvent observées. Le mécanisme de la lymphopénie et de la neutropénie est habituellement auto-immun, la production médullaire de ces cellules restant normale.

 

Une thrombopénie inférieure à 100 000/mm3 est aussi fréquente. Elle est le plus souvent d’origine auto-immune et la profondeur de la thrombopénie est très variable (du véritable purpura thrombopénique auto-immun associé avec taux de plaquettes inférieur à 20 giga/L à la thrombopénie modérée autour de 80-100 giga/L n’entraînant pas de manifestations hémorragiques). Plus rarement, la thrombopénie peut être associée à un purpura thrombotique thrombocytopénique. Dans la contexte d’un lupus érythémateux disséminé, la thrombopénie peut être associée à la présence d’anticorps anti-phospholipides (cf question N°117).

 

 

Les troubles de la coagulation comprennent l’allongement du temps de céphaline activé secondaire à la présence d’anticorps anti-phospholipides, le plus souvent anti-prothrombinase (voir question N° 117). Il peut y avoir dans quelques cas la présence d’un auto-anticorps dirigé contre un facteur de la coagulation (principalement anti-facteur VIII) ou une maladie de Willebrand acquise et réversible. Des perturbations globales de la coagulation peuvent également s’observer en cas de phénomène de coagulation intra-vasculaire aiguë disséminée.

 

L’électrophorèse des protéines sériques objective souvent une hypergammaglobulinémie polyclonale avec hyper-immunoglobulinémie G, plus rarement M et A, témoignant de l’intensité de la réponse humorale au cours de ces maladies. L'augmentation forte et quasi élective des IgG se voit surtout dans les Hépatites Autoimmunes, tandis que celle des IgM évoque la Cirrhose Biliaire Primitive. Dans les autres M A I systémiques, l'hypergamma porte plus généralement sur les 3 isotypes. Quant aux Igs monoclonales, elles sont relativement fréquentes dans le syndrome de Gougerot-Sjogren.

 

 

Un syndrome inflammatoire ne s’observe classiquement pas au cours du lupus érythémateux disséminé, de la sclérodermie ou de la thyroïdite auto-immune. Il s’observe plus fréquemment au cours de la polyarthrite rhumatoïde et de la dermatopolymyosite. Dans le lupus systémique, il est classique d’observer une accélération de la vitesse de sédimentation (VS), mais celle-ci n’est pas d’origine inflammatoire puisque la protéine C-réactive est normale. Elle est le résultat le plus souvent d’une hypergammaglobulinémie ou d’une anémie, toutes deux responsables d’une fausse accélération de la VS.

 

 

Les anomalies biologiques en rapport avec une souffrance viscérale peuvent concerner pratiquement tous les organes en cas de maladies auto-immunes systémiques et sont ciblées sur l’organe lésé en cas de maladies auto-immunes spécifique d’un organe. Par exemple, au cours du lupus et de la sclérodermie, l’atteinte rénale est fréquente et constitue un critère de mauvais pronostic. Elle doit être recherchée par un dosage de l’urée sanguine, de la créatininémie et un calcul de la clairance de la créatininémie. Une étude du sédiment urinaire et de la protéinurie sur 24 heures est également indispensable. Une atteinte hépatique, habituellement d’origine auto-immune, peut également être associée. L’atteinte musculaire (élévation des CPK et de l’aldolase) est classique dans les polymyosites ou les dermatopolymyosites, mais elle peut également être le signe d’une hypothyroïdie auto-immune.

 

Les autres anomalies dépendent de l’organe lésé : hypo ou hyperthyroïdie au cours respectivement de la maladie de Hashimoto et de Basedow, insuffisance surrénalienne au cours de la maladie d’Addison auto-immune, hyperglycémie du diabète, perturbation de la fonction hépatique au cours de la cirrhose biliaire primitive….

 

 

Les désordres immunologiques biologiques observés au cours des maladies auto-immunes systémiques comme le lupus, la sclérodermie et les dermatomyosites se résument à un ensemble d’auto-anticorps dirigés contre des éléments cellulaires (noyau, cytoplasme ..). La recherche d’anticorps anti-nucléaires est le test de dépistage le plus sensible et le plus utilisé pour le lupus systémique. Ce test utilise le plus souvent des cellules d’origine cancéreuses (HEp2) fixées sur une lame et la présence d’anticorps anti-nucléaires est révélée par une technique d’immunofluorescence indirecte. On peut ainsi apprécier le type de fluorescence (homogène souvent associée à la présence d’anticorps anti-histone, périphérique associée à la présence d’anti-ADN, mouchetée associée à la présence d’anticorps reconnaissant diverses nucléoprotéines solubles comme les Sm, les RNP, SS-A et SS-B et enfin nucléolaire ou centromérique au cours de la sclérodermie). Il faut aussi apprécier le titre des anticorps anti-nucléaires qui se défini par la dernière dilution pour laquelle ils restent positifs. Dans le lupus systémique, les anticorps anti-nucléaires sont présent dans plus de 90% des cas et ils ont souvent des titres supérieurs ou égaux au 1/500e. Ces auto-anticorps se retrouvent également dans d’autres maladies auto-immunes systémiques avec une fréquence de 80% au cours des sclérodermies, de 40 à 70% dans le syndrome de Gougerot Sjögren, et de 15% à 30% dans les dermatopolymyosites.

 

 

La mise en évidence d’anticorps anti-ADN natif est le signe biologique le plus spécifique du lupus systémique. Le test le plus utilisé est le test radio-immunologique de Farr, mais d’autres sont possible comme le test d’immunofluorescence indirecte à partir de kinétoplaste de Crithidia luciliae ou le test ELISA. A titre d’exemple, le test de Farr est positif chez 95% des sujets atteints de lupus systémique. Les anticorps anti-nucléaires qui reconnaissent des protéines non basiques et relativement solubles dans les tampons salins, sont appelés anticorps anti-antigènes nucléaires solubles. Nombre de ces protéines solubles sont liées à des petits ARN riche en uridine de faible poids moléculaire, présents dans le nucléoplasme, le nucléole mais aussi le cytoplasme. Cette catégorie regroupe principalement les anticorps anti-Sm, RNP , SS-A (Ro), SS-B (La), PM, PMScl, JO1 et Scl70 (ou anti-ADN topoisomérase I). Le dosage de ces anticorps fait appel à une technique d’immunodiffusion ou par ELISA. Les anti-RNP ne sont pas spécifiques d’une maladie auto-immune. Ils sont présents dans 30 à 40% des cas au cours de la maladie lupique et 20% des cas au cours de la sclérodermie. Au cours du syndrome de Gougerot Sjögren, les anti-SSA s’observent chez 40 à 60% des cas. Dans le lupus, les anti-SSA sont présents dans 25 à 35% des cas et ils sont retrouvés dans 8 à 30% des cas de dermatomyosites. Les anticorps anti-PM sont présents dans 2/3 des cas des polymyosites, les anti-PMScl s’observent au cours d’une forme mixte de dermatomyosite avec sclérodermie. L’anticorps anti-JO1 (dirigé contre une sous-unité de l’histidine ARN synthase et se localisant dans le noyau), s’observe au cours des dermatomyosites ou polymyosites caractérisée par une fibrose pulmonaire interstitielle diffuse. Les anticorps anti-Ku, localisés dans le noyau, caractérisent les polymyosites avec sclérodermie. Les anti-topoisomérase I sont spécifiques de la sclérodermie systémique et s’observent dans 20 à 30% des cas.

 

 

Au cours des maladies spécifiques d’organes, les auto-anticorps sont dirigés contre l’organe cible : anticorps anti-thyroglobuline, thyropéroxidase et récepteur de la TSH pour les thyroïdites, anti-GAD et anti-insuline pour le diabète, anti-desmogléine pour le pemphigus, anti-récepteur de l’acétylcholine pour la myasthénie, anti-facteur intrinsèque et cellules pariétales gastrique pour la gastrite auto-immune. Il existe cependant des exceptions comme la cirrhose biliaire primitive qui est une maladie spécifique du foie mais qui est associée à la présence d’anticorps anti-mitochondries qui eux ne sont pas spécifiques du foie.

 

 

Enfin, parmi les anomalies biologiques observées au cours de ces maladies, il existe fréquemment des perturbations du système du complément, soit par déficit génétique (se référer à ce qui a été noté plus haut) soit par consommation du complément par les immunoglobulines. De même, il peut exister une cryoglobulinémie, le plus souvent polyclonale (de type III).

 

4-2 DIAGNOSTIC CLINIQUE

 

4-2-1 les maladies autoimmunes systémiques ou non spécifiques d’organe

 

1°) LUPUS ERYTHEMATEUX AIGU DISSEMINE (LEAD)

 

C’est le prototype des maladies auto-immunes non spécifiques d’organes. Sa physiopathogénie n’est toujours pas bien connue. Elle fait intervenir les immuns complexes circulants (anticorps anti-ADN/ADN) qui peuvent se déposer dans certains tissus comme le rein et être responsables de lésion. Cependant, les mécanismes lésionnels sont en fait beaucoup plus complexes. De même, on ne connaît pas la cause de l’hyperactivité polyclonale des lymphocytes B responsable de la production d’AAc. Il est aussi difficile d’expliquer l’immunisation contre des constituants cellulaires habituellement non exprimés à la membrane et donc inaccessibles au système immunitaire. Des anomalies de l’apoptose cellulaire responsable de la présentation aux lymphocytes de fragments cellulaires non exprimés jusqu’alors et donc considérés comme du « non soi » pourrait expliquer en partie la possibilité d’immunisation.

 

La symptomatologie clinique du LEAD est très variable d’un individu à l’autre et pratiquement tous les organes peuvent être touchés par la maladie. Les atteintes viscérales s’associent lors des poussées à des signes généraux (fièvre, asthénie, amaigrissement). Seules les principales manifestations cliniques observées au cours du LEAD seront énoncées (pour approfondir, se référer à la question 117).

·      Manifestations dermatologiques : elles sont très fréquentes, observées dans près de 80% des cas. L’érythème en aile de papillon du visage, qui a donné son nom à la maladie (lupus pour « masque de loup »), est maculeux ou maculopapuleux finement squameux. On peut aussi observer un érythème du décolleté, des faces d’extension des coudes et des genoux, et des lésions érosives de la muqueuse buccale. Le caractère photosensible des lésions est typique. Le livedo et l’alopécie ne sont pas spécifiques, mais ils sont évocateurs de la maladie.

·      Manifestations rhumatologiques : elles sont souvent inaugurales. Elles comprennent les arthromyalgies, les oligo ou polyarthrites aiguës le plus souvent bilatérales et symétriques touchant les mains, les genoux et les chevilles. Elles sont le plus souvent non déformantes et les radiographies ne montrent pas de destruction osseuse. Des ténosynovites et des ostéonécroses aseptiques sont possibles.

·      Manifestations rénales : elles conditionnent le pronostic de la maladie et doivent toujours être recherchées. Les lésions prédominent dans les glomérules mais peuvent aussi être interstitielles, tubulaires ou vasculaires. Elles sont classées en 6 formes par l’OMS : la glomérulonéphrite membranoproliférative (classe IV) est la forme la plus fréquente mais aussi la plus grave.

·      Manifestations neurologiques : il s’agit de crise comitiale, de manifestations centrales déficitaires (hémiplégie, monoplégie), de méningite lymphocytaire aseptique et plus rarement d’une chorée, d’une encéphalopathie, d’une paralysie des nerfs crâniens ou d’une neuropathie périphérique. Les troubles psychiques sont fréquents allant du trouble de l’humeur au syndrome confusionnel.

·      Manifestations vasculaires : elles comprennent le syndrome de Raynaud, l’hypertension artérielle (secondaire à l’atteinte rénale le plus souvent), ou une vascularite (pouvant se localisée dans la peau ou le système nerveux central).

·      Manifestations cardiaques : les trois tuniques peuvent être touchées avec possibilité de péricardite, d’endocardite amicrobienne (appelée endocardite de Libman Sacks) et de myocardite.

·      Autres : atteinte respiratoire (pleurésie, infiltrats parenchymateux), hypertension artérielle pulmonaire, adénopathies périphériques, splénomégalie, atteinte abdominale (pancréatite, perforation) et atteinte oculaire (rétinite, névrite optique).

 

Le LEAD se caractérise par la présence d’anticorps anti-nucléaires de fluorescence le plus souvent homogène ou moucheté avec présence d’anticorps anti-DNA natifs, résultat biologique le plus spécifique de cette maladie. Des anticorps dirigés contre des antigènes nucléaires solubles (anti-Sm, SSA-Ro, SSB-La, RNP) peuvent également être observés.

 

Un ensemble de critères (critères de l’American Rheumatism Association) tenant compte des manifestations cliniques et des anomalies biologiques les plus évocatrices de cette maladie permet de poser le diagnostic du LEAD. Cependant ces critères servent surtout pour étudier de façon homogène des patients atteints de lupus (essais thérapeutiques) et sont d’un apport diagnostique moindre à l’échelon individuel.

 

2°) LA SCLERODERMIE

 

C’est une affection généralisée du tissu conjonctif, des artérioles et des microvaisseaux conduisant à une fibrose et à une oblitération vasculaire. Son nom vient de l’aspect de sclérose cutanée caractéristique de cette maladie. Le lien entre les auto-anticorps sériques observés dans cette maladie et les anomalies du tissu conjonctif (augmentation de la quantité de collagène) ainsi que les altérations histologiques de la paroi des vaisseaux ne sont pas bien compris. Les auto-anticorps pourraient léser directement les cellules endothéliales mais il semble que l’immunité cellulaire joue davantage de rôle, en particulier par la sécrétion de cytokines  telles que le FGF (facteur de croissance fibroblastique). 

Le diagnostic de cette maladie est avant tout clinique et les résultats des examens complémentaires ne font que conforter le clinicien.

Il existe trois formes de sclérodermie : la forme cutanée diffuse, la forme cutanée limitée et les sclérodermies localisées.

 

La forme cutanée diffuse ou sclérodermie systémique débute rapidement après le premier symptôme de la maladie (classiquement moins de un an), qui est un syndrome de Raynaud le plus souvent (phénomène vasomoteur paroxystique des extrémités déclenché par le froid). Les crises peuvent se rapprocher et les mains peuvent rester blanches ou bleues avec une froideur, phénomène appelé acrosyndrome. Cette atteinte est le plus souvent symétrique et peut conduire à des troubles trophiques cutanés liés à l’ischémie avec ulcérations punctiformes, escarres pulpaires pouvant aboutir à la nécrose d’un doigt et à l’amputation. La capillaroscopie qui étudie la microcirculation, montre une raréfaction du lit capillaire avec des capillaires dystrophiques et irréguliers et des mégacapillaires qui sont un élargissement irrégulier de l’anse capillaire, aspect caractéristique de cette forme de sclérodermie et que l’on ne voit pas dans les syndromes de Raynaud primitifs (appelés aussi maladie de Raynaud) ou secondaires (associés à d’autres maladies auto-immunes). L’atteinte cutanée est diffuse avec une prédominance de la sclérose sur les mains, le visage et le décolleté. Elle conduit à une limitation de l’ouverture buccale, un effacement des lèvres, une limitation de l’amplitude articulaire des doigts empêchant une extension/flexion complète et parfois des avant-bras avec flessum irréductible. Il peut y avoir des troubles de la pigmentation (hyper ou hypopigmentation) ou un prurit.

Cette forme de sclérodermie est associée à la présence d’anticorps anti-topoisomérase I (ou anti-Scl 70) dans 15 à 50% des cas. Ces anticorps sont responsables d’une fluorescence nucléaire finement mouchetée souvent associée à une fluorescence nucléolaire.

 

La forme cutanée limitée est caractérisée par une atteinte cutanée localisée aux extrémités. Le syndrome de Raynaud est classiquement présent depuis des années (10 à 15 ans) et cette forme atteint les femmes plus tardivement que la forme diffuse. Les principales manifestations de cette forme se résument sous l’acronyme CREST pour Calcifications sous-cutanées (apparaissant sur la radiographie des mains ou s’extériorisant sous la peau principalement au niveau des mains mais aussi des avant-bras, coudes, genoux et crêtes iliaques), Raynaud, atteinte oEsophagienne, Sclérodactylie et Télangiectasies (de taille variant de 2 à 20 mm de diamètre et localisées sur le visage ou les mains). La présence d’au moins trois critères est nécessaire au diagnostic. Le Raynaud et l’atteinte oesophagienne sont les manifestations les plus fréquentes (près de 95% des cas) alors que la calcinose sous cutanée est la manifestation la plus rare (10 à 20% des cas). Le CREST est une forme d’évolution lente comparée à la précédente et de pronostic moins sévère en dehors du risque d’hypertension artérielle pulmonaire. Les anticorps antinucléaires sont positifs avec une fluorescence de type centromérique dans 70 à 80% des cas.

 

Ces deux formes peuvent être associées à des atteintes viscérales variées, qu ‘il faudra rechercher par l’interrogatoire, l’examen clinique et paraclinique, qui sont les suivantes :

·      Atteinte digestive : tout le tube digestif est concerné. Il peut exister une dysphagie avec des brûlures rétrosternales, des éructations ou un pyrosis. Les lésions oesophagiennes ne sont pas spécifiques de la sclérodermie puisqu’elles peuvent s’observer dans d’autres maladies auto-immunes comme le lupus mais elles sont fréquentes au cours de la sclérodermie. L’étude radiocinétique du transit oesophagien objective une diminution de l’activité péristaltique et une dilatation de l’extrémité inférieure de l’œsophage. La manométrie oesophagienne montre le plus souvent une perte du tonus du sphincter oesophagien inférieur. La pHmétrie révèle un fréquent reflux oesophagien. La fibroscopie oesogastrique permet d’évaluer les lésions oesophagiennes (ulcération, oesophagite, endobrachyoesophage,...). L’atteinte intestinale est responsable d’un syndrome de pseudo-occlusion intestinale ou d’un syndrome de malabsorption, en rapport avec une pullulation microbienne. L’atteinte colique peut être responsable d’une constipation opiniâtre. L’atteinte hépatique est rare en dehors de l’association d’une cirrhose biliaire primitive avec la sclérodermie de type CREST connue sous le nom de syndrome de Reynolds.

·      Atteinte pulmonaire : elles se traduit par une dyspnée d’effort, une toux sèche, des douleurs thoraciques et des râles crépitants. Les lésions vont du trouble de la diffusion, de la fibrose pulmonaire interstitielle sévère à l’hypertension artérielle pulmonaire. Il existe une fréquence accrue du cancer du poumon. Les examens paracliniques permettant d’évaluer l’atteinte pulmonaire comprennent la radiographie du poumon, un scanner pulmonaire en coupes fines (aspect réticulaire, réticulo-nodulaire et l’aspect classique en « rayon de miel »), des épreuves fonctionnelles respiratoires avec étude de la diffusion (troubles de la diffusion alvéolo-capillaire et syndrome restrictif) et une échographie-doppler cardiaque pour évaluer le degré d’hypertension artérielle pulmonaire. Le lavage bronchoalvéolaire permet de recueillir les cellules inflammatoires mais il est de moins en moins pratiqué. La biopsie pulmonaire n’est réservée qu’à des cas particuliers.

·      Atteinte rénale : c’est la cause majeure de décès et son pronostic est redoutable. Environ 45% des sclérodermies diffuses développent une atteinte rénale avec, le plus souvent, une insuffisance rénale aiguë avec hypertension artérielle. On parle alors de « crise rénale sclérodermique». Les lésions observées sur un prélèvement de ponction/biopsie du rein sont d’origine vasculaire ischémique par atteinte des petits vaisseaux.

·      Atteinte musculaire : présente dans la majorité des sclérodermies, elles comprend des myalgies associées à un déficit des muscles proximaux. Le taux des CPK et d’aldolase sérique peut être augmenté. Parfois, il existe une véritable myosite inflammatoire associée et l’on parle de sclérodermatomyosite.

·      Atteinte cardiaque : elle comprend la péricardite qui peut être aiguë ou chronique, la myocardiopathie secondaire à l’ischémie myocardique et les troubles du rythme et de la conduction. L’évaluation cardiaque nécessite un électrocardiogramme, une échocardiographie et un enregistrement Holter ECG. L’hypertension artérielle est souvent associée à l’atteinte rénale.

·      Atteinte articulaire : elle peut être la première manifestation de la sclérodermie. Il existe des arthralgies voire des arthrites et des ténosynovites. Associée à l’atteinte cutanée, elle peut être responsable d’invalidité.

·      Atteinte osseuse : des résorptions des houppes des dernières phalanges, une ostéolyse concernant toute une phalange, un déchaussement dentaire par alvéolyse peuvent être observés.

·      Atteinte neurologique : il s’agit essentiellement de la névralgie du trijumeau. Plus rarement, il existe un syndrome du canal carpien ou une neuropathie périphérique.

 

Les facteurs de mauvais pronostic sont l’atteinte rénale, cardiaque et l’aggravation rapide de la sclérose cutanée.

 

Les sclérodermies localisées regroupent les morphées (plaques de sclérose cutanée), les sclérodermies en bandes (qui réalise sur le visage un aspect en « coup de sabre »), les scérodermies en goutte (réalisant des petites zones de sclérose) et les sclérodermies régionales ou monoméliques atteignant le plus souvent un membre.

 

3°) POLYMYOSITE ET DERMATOPOLYMYOSITE

 

Ces maladies sont à la frontière entre maladies auto-immunes spécifiques d’organes et maladies auto-immunes systémiques.

Ces deux maladies ont des manifestations clinico-biologiques communes mais leur physiopathologie est differente. La dermatopolymyosite fait intervenir l’immunité humorale (lymphocytes B et anticorps) et l’activation du complexe d’attaque membranaire du complément (C5 à C9). Les phénomènes immunologiques se localisent dans le périmysium, essentiellement au niveau des vaisseaux. Il en résulte une oblitération vasculaire et une ischémie musculaire conduisant à l’atrophie périfasciculaire des fibres musculaires. Dans les zones périvasculaires, il existe un infiltrat lymphocytaire surtout T CD4 positifs.

La polymyosite fait intervenir, quant à elle, une immunité cellulaire avec principalement le recrutement des lymphocytes T CD8 positifs. Il existe une forte expression du complexe d’histocompatibilité de classe I sur les myocytes. Les phénomènes immunologiques se localisent dans l’endomysium et conduisent à une agression directe des fibres musculaires.

 

Les signes cliniques d’appel sont surtout musculaires mais ils peuvent être cutanés (dans la dermatopolymyosite) ou respiratoires. Il faut d’emblée évoquer une forme particulière appelée syndrome des antisynthétases, qui s’observe dans 10 à 20% des cas et dont le pronostic est redoutable. Cette forme comprend une atteinte pulmonaire interstitielle diffuse pouvant évoluer rapidement vers la fibrose et l’insuffisance respiratoire, et se caractérise au niveau immunologique par la positivité des anticorps anti-JO1 dirigés contre une sous-unité de l’histidine ARN-synthétase. Elle est souvent associée à une polyarthrite, un phénomène de Raynaud, une hyperkératose fissuraire des mains et des doigts, parfois même à des lésions de vascularite distale.

En dehors de ce syndrome les signes cliniques observés au cours des polymyosites ou dermatopolymyosites sont les suivants et sont souvent associés à des signes généraux (asthénie souvent majeure aggravée par la faiblesse musculaire, amaigrissement, fièvre) :

 

·      Atteinte musculaire : elle touche la partie proximale des membres et les muscles paravertébraux. L’intensité du déficit musculaire est variable. Les myalgies sont inconstantes. L’atteinte des muscles pharyngés et de l’œsophage peut être responsable de dysphonie, de dysphagie et de fausses routes, représentant une critère de gravité.

·      Atteinte cutanée de la dermatopolymyosite : il s’agit principalement d’un érythème des paupières ayant un aspect « lilacé », de lésions érythématosquameuses localisées sur le dos de la main, en regard des articulations des doigts (appelées papules de Gottron), plus rarement observées au niveau des coudes et d’un érythème péri-unguéal parfois douloureux à la mobilisation de l’ongle (signe de la manucure).

·      Atteinte pulmonaire : plusieurs mécanismes sont possibles avec une hypoventilation secondaire à la faiblesse musculaire ou une pneumopathie interstitielle d’évolution fibrosante.

·      Atteinte cardiaque : il peut s’agir de troubles du rythme et de la conduction par atteinte des fibres musculaires cardiaques.

·      Atteinte rhumatologique : elle comprend essentiellement des arthralgies et plus exceptionnellement des arthrites.

 

Le diagnostic de ces maladies fait appel à un certain nombre de critères cliniques, biologiques (élévation des CPK), électromyographique (tracé myogène) et histologique. Les critères de Bohan et Peter sont les plus utilisés et sont les suivants :

  1. déficit musculaire bilatéral et symétrique des ceintures scapulaires et pelvienne
  2. élévation du taux sérique des CPK
  3. triade caractéristique à l’électromyogramme : potentiels d’unité motrice courts et polyphasiques, activité spontanée de repos avec fibrillation et décharges répétées à haute fréquence
  4. biopsie musculaire caractéristique
  5. manifestations cutanées typiques de la dermatopolymyosite

Le diagnostic de polymyosite est affirmé avec certitude par la présence de 3 des 4 premiers critères, celui de la dermatopolymyosite nécessite en plus le présence de signes cutanés.

 

4°) SYNDROME DE GOUGEROT SJOGREN

 

Il s’agit là encore d’une maladie frontière entre spécifique et non spécifique d’organe, du fait de l’atteinte préférentielle des glandes exocrines (principalement lacrymale et salivaire). On pourrait parler d’exocrinopathie auto-immune. Dans sa physiopathogénie, cette maladie s’éloigne des maladie auto-immunes stricto sensu puisqu’il s’agit davantage d’un syndrome lymphoprolifératif bénin. Il existe une infiltration lymphocytaire T au niveau des organes atteints, principalement T CD4 positifs avec une réponse immunologique de type Th1. Cette maladie peut être associée à la survenue d’un syndrome lymphoprolifératif malin, de localisation extranodale (glandes salivaires, estomac et poumon) et d’aspect histologique de type MALT (mucosa-associated lymphoid tissue).

Il existe deux formes de syndrome de Gougerot Sjögren : la forme primitive isolée et la forme secondaire associée à une maladie auto-immune, la plus fréquente étant la polyarthrite rhumatoïde.

 

Les signes cliniques sont les suivants :

·      la xérophtalmie : c’est une sécheresse oculaire. et laLa  patiente (9 femmes pour 1 homme)  se plaint de manquer de larme ou a l’impression d’avoir parfois du sable dans les yeux. Il peut y avoir une photophobie associée. Le danger est la kératoconjonctivite sèche et les ulcérations cornéennes. L’examen ophtalmologique permet d’évaluer la sécrétion lacrymale (test de Schirmer) et de rechercher des lésions de la conjonctive et de la cornée (test au rose Bengale ou plus spécifique le test au vert de lisamine).

·      la xérostomie : c’est la sensation de bouche sèche, résultant du manque de salive. Il peut aussi avoir des sensations de brûlures buccales et la langue peut apparaître dépapillée et fissurée. Il existe une détérioration de l’état dentaire. L’examen retrouve souvent une hypertrophie des glandes salivaires (parotides, glandes sous maxillaires). Un test simple de mise en évidence d’une sécheresse buccale est le test au sucre (mesure du temps que met un morceau de sucre posé sur la langue chez le patient et un sujet témoin). La sialographie ou la scintigraphie des glandes salivaires ne sont plus utilisées de nos jours.

·      La biopsie des glandes salivaires accessoires permet d’objectiver un infiltrat inflammatoire lymphoplasmocytaire, des lésions canalaires, une déplétion des acini et l’aspect le plus évocateur qui est la sialadénite focale. L’importance des lésions est quantifiée selon les critères de Chisholm et Mason de 0 à 4.

·      Les autres localisations viscérales de cette maladie sont pulmonaire (trachéo-bronchite sèche, bronchectasies, bronchites à répétition, fibrose pulmonaire interstitielle diffuse, pleurésie et pneumonie interstitielle lymphocytaire), digestive (dysphagie, gastrite atrophique, pancréatite aiguë ou chronique, insuffisance pancréatique exocrine et hépatomégalie), génitale (sècheresse avec prurit et dyspareunie), cutanée (purpura), articulaire (arthralgies, polyarthrite et myalgies), neurologique (déficit centraux, paralysie des nerfs crâniens, myélopathie, neuropathie périphérique et troubles de l’humeur), rénale (tubulopathie et plus rarement glomérulopathie) et cardio-vasculaire (syndrome de Raynaud, vascularite cutanée ou neurologique, péricardite).

 

Le syndrome de Gougerot Sjögren se caractérise par la fréquente positivité des anticorps anti-nucléaires, de fluorescence mouchetée avec une positivité des anticorps anti-SSA dans 30 à 60% et des anti-SSB dans 20 à 40%. Un facteur rhumatoïde est très fréquemment présent.

 

REMARQUE SUR LES VASCULARITES AVEC AUTOANTICORPS

 

Les vascularites systémiques ne sont habituellement pas considérées comme des MAI. Pourtant, certaines d’entre-elles sont fortement associées à la présence des AAc que sont les anticorps anti-cytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA). Ces AAc seraient pathogènes pour la paroi vasculaire et seraient responsables de l’atteinte inflammatoire pariétale. Ils augmentent aussi l’activation des polynucléaires neutrophiles et leur libération d’enzymes et de radicaux oxygénés responsables de lésions tissulaires. Face à un tableau clinique compatible, la présence d’ANCA de fluorescence cytoplasmique (c-ANCA) et de spécificité anti-protéinase 3, permet de conforter le diagnostic de la granulomatose de Wegener (présents dans 90% des cas). De même, dans un contexte clinique évocateur, ces auto-anticorps  suggèrent fortement, lorsque leur fluorescence est périnucléaire (p-ANCA) et leur spécificité dirigée contre la myélopéroxidase, le diagnostic de polyangéite microscopique (p-ANCA présents dans 50 à 80% des cas) ou de syndrome de Churg et Strauss (p-ANCA présents dans 60% des cas).

 


 

4-2-2  Maladies autoimmunes spécifiques d'organe.  

 

 

1°) LES ENDOCRINOPATHIES DYSIMMUNITAIRES

 

L'origine autoimmune de nombreuses endocrinopathies est connue depuis longtemps et parmi elles certaines sont très  fréquemment rencontrées et l'atteinte autoimmunune constitue le facteur essentiel de leur pathogénie: thyroïdite chronique lymphocytaire de Hashimoto, maladie de Basedow, diabète de type 1; d'autres sont plus rares et l'élément dysimmunitaire ne constitue qu'une des étiologies, parmi d'autres, de l'atteinte endocrinienne: insuffisance surrénalienne primitive, ménopause précoce, etc...

Toutes ces atteintes endocriniennes peuvent rester isoler ou s'intégrer dans le  contexte plus vaste des polyendocrinopathies auto-immunitaires (PEA).

 

Aspects immunologiques.

 

A-Rôle des auto-anticorps.

Bien que le rôle prépondérant des lymphocytes T soit démontré dans la pathogénie des atteintes glandulaires dans ce type de pathologie, les marqueurs d'auto-immunité sont les auto-anticorps circulants spécifiques d'organe. A l'exception des anticorps anti récepteur de la TSH, ces auto-anticorps ne sont pas directement impliqués dans le processus pathologique. La génèse proprement dite de la pathologie dysimmunitaire, reste inexpliquée bien que certains caractères génétiques (diabète de type 1) ou infections virales puissent (diabète de type 1, thyroïdite de Hashimoto) être suspectés. La cytotoxicité des auto-anticorps vis à vis de la glande n'est pas prouvée.

En bref: les auto-anticorps sont les marqueurs de la pathologie mais ne constituent pas l'élément déterminant de la pathologie, dont l'origine reste inconnue.

 

B-Les auto-anticorps circulants:

 

1/ Ils sont détectés par immunoflurescence indirecte ou par radio-immunologie. Leur sensibilité est de l'ordre de 60 à 90%.

Ce sont pour les principales maladies:

            *diabète de type 1: anticorps anticellules d'îlots, antiglutamate décarboxylase (GAD), anti phosphatase et anti-insuline.

            * thyroïdite: anticorps antithyropéroxydase (TPO), antithyroglobuline (TG).

            * Basedow: anticorps anti TPO, et anti TG; et anticorps thyréostimulants             antirécepteur de la TSH (TRAC)

            * insuffisance surrénale: anticorps anti cellules surrénaliennes et  anti enzymes de la stéroïdogénèse (anti-21-hydroxylase et anti-20-22 desmolase)

            * insuffisance gonadique: anticorps antiovaire

*hypoparathyroïdie: anticorps antiparathyroïde.

 

2/ Intérêt de la recherche des auto-anticorps. La recherche systématique de auto-anticorps permet de faire le diagnostic de l'étiologie de la pathologie endocrine.

Dans le cadre des PEA elle permet, chez les sujets atteints et les apparentés, la détection des atteintes  infracliniques, qui se traduiront plus tard par une atteinte biologique puis clinique, et donc d'orienter les paramètres de la surveillance.

Dans les populations à risque, la détection d'auto-anticorps pourra permettre d'envisager des traitements immunomodulateurs à visée préventive, lorsqu'ils auront prouvé leur efficacité, ce qui n'est pas le cas actuellement.

 

Les principales atteintes endocriniennes.

 

* THYROIDE. Il s'agit de la thyroïdite de Hashimoto qui évolue à long terme vers une hypothyroïdie avec goitre hétérogène, du myxoedème primitif par thyroïdite atrophique, et de la maladie de Basedow (hyperthyroïdie avec goitre diffus et exopthalmie).

* DIABETE de type1. Il s'agit du diabète maigre du sujet jeune, insulino-dépendant.

* INSUFFISANCE SURRENALIENNE PRIMITIVE NON TUBERCULEUSE. Elle est rare mais constitue maintenant en France la première cause de l'insuffisance surrénalienne depuis le diminution de la tuberculose.

* INSUFFISANCE GONADIQUE. Elle atteinte essentiellement les femmes et se manifeste par une ménopause précoce avec stérilité.

* DIABETE INSIPIDE CENTRAL. Les étiologies les plus fréquentes du diabète insipide central acquis de l'adulte sont d’origine organique (tumeurs hypothyalamo-hypophysaires). En l'absence d'étiologie tumorale il faut évoquer la possibilité d'une atteinte auto-immune, qui doit être un diagnostic "par défaut", difficile à prouver car la recherche des auto-anticorps anti-posthypophyse est imprécise.

* HYPOPHYSITE; A prédominance féminine, elle se manisfeste chez l'adolescente et la femme adulte par des céphalées frontales et des troubles du cycle menstruel, parfois associés à une galactorrhée. La prolactinémie peut être modérément élevée, d'où la présomption d'adénome hypophysaire à prolactine. L'image IRM de l'hypophyse est assez caractéristique: hypophyse globalement augmentée de volume, hyperdense et hétérogène, sans image d'adénome individualisable, ce qui conduit à un diagnostic de présomption. Le diagnostic est difficile à prouver compte tenu de l'absence habituelle d'anticorps circulants spécifiques.

* HYPOPARATHYROIDIE. Les hypoprarthyroïdies acquises de l'adulte sont rares en dehors des causes iatrogènes (post chirurgicales). En l'absence d'étiologies on peut envisager une origine dysimmunitaire.

 

Toutes ces endocrinopathies, hormis le cas de la maladie de Basedow, ont en commun une destruction progressivement totale du parenchyme endocrine atteint et se traduisent par un syndrome déficitaire en règle générale facile à substituer.

Il n'y a pas à l'heure actuelle de traitement immuno-modulateur susceptible de prévenir, faire régresser ou ralentir la maladie dysimmunitaire.

 

Les Polyendocrinopathies auto-immunes (PEA)

 

A- Définition. Les PEA sont définies par l'existence, chez un même individu, d'au moins 2 affections endocriniennes d'origine auto-immune. Elles sont fréquemment associées à d'autres maladies auto-immunes spécifiques d'organe, non endocrines.

 

B- Prévalence. Elle est de l'ordre de 10 à 15% au cours des diabètes de type 1 et des maladies thyroïdiennes auto-immunes, et atteint 50% au cours des insuffisances surrénales primitives autito-immunes.

 

C- Classification: elle se fait sur des critères cliniques et génétiques qui sont résumés sur les tableaux 2 et 3.

PEA de type 1

C'est la forme la plus rare. Elle se caractérise par l'association PEA-candidose-dystrophie ectodermique. Elle peut être sporadique ou familiale avec une transmission autosomique (chromosome 21) récessive. Les manifestations débutent dans l'enfance; la candidose apparaît vers l'âge de 5 ans, l'hypoparathyroïdie vers l'âge de 10 ans, les autres atteintes, variables, complètent progressivement le tableau jusqu'à l'âge adulte.

PEA de type 2

Elle correspond au syndrome de Schmidt. Dans sa forme familiale (50% des cas) la transmission est polygénique à pénétrance variable et prédominance féminine, associée aux allèles HLA DR3 et DR4.

La maladie se révéle habituellement après 20 ans.

Les endocrinopathies les plus fréquemment associées à l'insuffisance surrénale, qui est quasi toujours présente, sont la thyroïdite de Hashimoto, le diabète de type 1 et l'insuffisance gonadique, Les atteintes non endocriniennes les plus fréquemment rencontrées sont le vitiligo, l'anémie de Biermer et un syndrome de malabsorption (maladie coeliaque).

 

2°) LA MALADIE COELIAQUE

 

C’est une maladie fréquente avec une prévalence en Europe pouvant aller jusqu’à 1/300 sujets. En France, la maladie coeliaque (MC) atteindrait 120 000 à 600 000 sujets. Elle est surtout observée chez l’enfant entre 6 et 12 mois (après l’introduction du gluten alimentaire), mais elle peut aussi être diagnostiquée à tout âge, même après 65 ans. La MC est plus fréquente chez les Blancs et chez les femmes.

La MC est une maladie qui résulte d’une hypersensibilité à un antigène contenu dans le gluten alimentaire. Le gluten est présent dans les céréales, essentiellement le blé, le seigle et l’orge. C’est la fraction protéique appelée prolamine qui est responsable de la toxicité des céréales. Les prolamines du blé sont les gliadines, celles du seigles sont les sécalines et celles de l’orge les hordéines. Ces protéines sont riches en lysine et en glutamine. Le mécanisme physiopathogénique le plus admis est le suivant : dans la lamina propria de la muqueuse digestive, la gliadine forme un complexe avec la transglutaminase, enzyme qui déamine certains résidus glutamine. Il en résulte une augmentation de l’immunogénicité de la gliadine. Les macrophages de la muqueuse digestive présentent ensuite le complexe transglutaminase/gliadine aux lymphocytes T CD4 positifs. Les lymphocytes T activés vont alors stimuler la production d’anticorps par les plasmocytes à immunoglobuline A des muqueuses. Les anticorps sont retrouvés dans les muqueuses mais aussi dans le sang où ils sont habituellement dosés. Ils sont capables d’induire des lésions digestives par un mécanisme de cytotoxicité dépendante des anticorps et par activation du complément. L’immunité cellulaire est aussi fortement impliquée et il existe une forte expansion dans les muqueuses des lymphocytes T intraépithéliaux capables de sécréter des cytokines, en particulier l’interferon-gamma. L’activation cellulaires (macrophages, lymphocytes, plasmocytes) et la synthèse locale de cytokines sont responsables des lésions histologiques observées. Il existe aussi une susceptibilité génétique à la MC et la plupart des patients sont porteurs d’un phénotype HLA-DQ2 et DR3 (ou, pour ceux n’exprimant pas le DR3, les HLA-DR7 et DR5).

 

La forme classique est celle d’une diarrhée chronique d’intensité variable avec stéatorrhée macroscopique. Elle est associée à un syndrome de malabsorption, une perte de poids et de fréquentes douleurs abdominales et/ou météorisme abdominal. Cette forme correspond généralement à une atteinte étendue de l’intestin grêle. Il n’est pas rare que la MC ait une présentation extra-digestive avec des symptômes digestifs discrets voire absents. Il peut alors exister des manifestations articulaires (arthrites périphériques), des manifestations neurologiques (état démentiel, épilepsie, affections démyélinisante et polyneuropathie), une élévation des transaminases hépatiques, une aphtose récurrente, une ostéopénie, une dermite herpétiforme (la MC s’observe dans 75% des cas chez les patients atteints de dermatite herpétiforme), une aménorrhée primaire ou secondaire et une anémie microcytaire par carence en fer ou macrocytaire par carence en folate. Cette forme correspond, en général, à une atteinte limitée du grêle proximal.

L’évaluation biologique révèle le plus souvent des signes de malabsorption d’intensité variable; hypocholestérolémie, hypocalcémie, hypokaliémie, hypoalbuminémie, baisse du temps de prothrombine…

 

La MC s’accompagne de trois types principaux d’anticorps : les anticorps anti-gliadine, les AAc anti-endomysium des fibres musculaires lisses et les anti-transglutaminase tissulaire. Ces anticorps peuvent être d’isotype G ou A. Il faut penser au déficit sélectif en immunoglobuline A qui peut provoquer des faux négatifs dans la sérologie pour les anticorps d’isotypes A... Les taux de ces anticorps diminuent sous régime sans gluten et sont indirectement un bon moyen d’apprécier la bonne observance du régime par le patient.

 

La MC s’étend du duodénum au grêle distal. C’est au niveau de la jonction duodéno-jéjunale que se fait généralement la biopsie. La lésion caractéristique comprend une atrophie villositaire totale ou sub-totale, une hypertrophie des cryptes, une dystrophie entérocytaire, une lymphocytose intraépithéliale et une infiltrat de neutrophiles, éosinophiles et plasmocytes dans la lamina propria.

 

Trois critères sont reconnus pour poser le diagnostic de la MC ; la présence d’une lésion histologique caractéristique, un syndrome de malabsorption et une amélioration clinique et histologique (régression de l’atrophie villositaire en un an environ) sous régime sans gluten. Des études sont en cours pour apprécier la pertinence de la positivité des anticorps observés au cours de la MC dans le diagnostic de la maladie.

La MC peut être associée à d’autres maladies comme le diabète insulino-dépendant, la cirrhose biliaire primitive, l’hypothyroïdie, le déficit en immunoglobuline A, la colite microscopique , la trisomie 21 et, surtout, la Dermatite Herpétiforme qui.est une autre forme d’intolérance au gluten.

 

Le traitement de la MC est essentiellement fondé sur le régime sans gluten. Il permet d’obtenir une rémission clinique, biologique et histologique. Il existe des listes de régimes spéciaux adaptés aux patients. Chez l’adulte, le régime sans gluten doit rester strict et définitif. L’association Française des intolérants au gluten (AFDIAG) met à disposition des documents et des conseils. Un remboursement des produits de substitution (300 f/mois) est offert aux patients.

La MC peut se compliquer de lymphome malin non Hodgkinien (de localisation le plus souvent digestive) et de cancers épithéliaux (grêle, pharynx et œsophage), surtout en cas de régime non ou mal suivi. On appelle sprue réfractaire les MC résistantes au régime sans gluten (après avoir éliminé une mauvaise observance au régime). Il existe dans ce cas un risque important de lymphome intestinal.


 

5 PRINCIPES DU TRAITEMENT

 

 

5-Principes du traitement

 

 

5-1- thérapeutiques immunologiques

 

anti-inflammatoires

 

immunosuppresseurs

 

autres immunomanipulations

 

Ig IV,   cytokines et anti-cytokines,  echanges plasmatiques, …

 

5-2- Thérapeutiques métaboliques

 

5-3- Autres:

 

 diététique,

 

crénothérapie,

 

, rééducation,

 

douleur,

 

soins palliatifs,

 

Prévention?

 

Suivi du traitement

 

Aspects éthiques?

 

BASES DU TRAITEMENT

 

Le traitement des maladies auto-immunes a plusieurs objectifs : prévenir les poussées de la maladie, s’opposer à l’évolutivité des atteintes viscérales, préserver l’insertion socio-professionnelle et guérir la maladie tout en évitant les effets indésirables des traitements. Le traitement « immunologique » des maladies auto-immunes repose sur trois points : supprimer les auto-anticorps pathogènes (plasmaphérèse), éviter leur production en agissant sur l’activation des lymphocytes et sur l’environnement cytokinien (immunosuppresseurs tels que les corticoïdes et , la cyclosporine A) ou empêcher l’expansion des lymphocytes T activés (, les molécules interférant avec le métabolisme des purines, telles que l’azathioprine IMURELâ ou le mycophénolate mofétil CELLCEPTâ) et, de façon plus subtile, modifier la réponse immune pour la rendre non-pathogène (principe de l’immunomodulation par exemple par un effet inhibiteur direct sur le lymphocytes par le biais de CTLA4 ou en modifiant la balance cytokinienne Th1/Th2 par l’interleukine-4 par exemple). La plupart de ces immunosuppresseurs ont été initialement utilisés en transplantation pour prévenir le rejet de greffe allogénique.

 

 

Brièvement, les effets de chacune des thérapeutiques immunosupressives les plus utilisées sont rappelées :

 

Les corticoïdes : Ils ont des propriétés à la fois immunosuppressives et anti-inflammatoires, agissant sur les lymphocytes T, la production d’anticorps et sur la transcription des gènes de nombreuses cytokines. Il s’agit de la prednisone (CORTANCYLâ), de la prednisolone (SOLUPREDâ) ou de la méthylprednisolone (SOLUMEDROLâ) pour la forme administrée en intraveineux. Les corticoïdes exercent leurs effets par le biais de récepteurs intracytoplasmiques. Ils vont inhiber la fonction de facteurs de transcriptions impliqués dans la production de nombreuses cytokines. Ils ont aussi des effets sur la traduction de l’ARN, la synthèse et la sécrétion de nombreuses protéines.  In vivo, ils inhibent l’accès des leucocytes au site de l’inflammation. En inhibant la production de cytokines, ils dépriment l’activité des macrophages et des neutrophiles. Ils inhibent également la synthèse de prostaglandines et de leucotriènes, en inhibant l’activité de la phospholipase A2. Ce sont aussi de puissants inhibiteurs des protéases et de la production des dérivés NO par inhibition de la NO-synthase. Ils sont capables d’induire l’apoptose des thymocytes et des lymphocytes T activés.

 

 

La cyclosporine A : cette substance était initialement connue comme anti-fungiquefongique. Son mécanisme d’action est sélectif et réversible vis à vis des lymphocytes T activés, en particulier les lymphocytes T CD4 positifs. La cyclosporine A se lie à des récepteurs intracytoplasmiques, les cyclophilines, de la famille des immunophilines. Le complexe cyclosporineA/ cyclophiline inhibe l’activité de la calcineurine qui est une phosphatase. Il en résulte un blocage de la transcription du gène de l’interleukine 2 et d’autres cytokines. Le nom commercial est le NEORALâ. Ce traitement se prend habituellement en deux prises, per os. Cette molécule est très souvent utilisée dans la prévention du rejet de greffe allogénique.

 

 

L’azathioprine (IMURELâ), le mycophénolate mofétil (CELLCEPTâ) et le méthotrexate (METHOTREXATEâ): Ce sont des immunosuppresseurs à action cytotoxique agissant comme inhibiteurs du métabolisme des purines. Ils inhibent ainsi la prolifération cellulaire T et B, la formation d’anticorps et la glycosylation des molécules d’adhésion. Ces molécules ont aussi une toxicité sur les cellules hématopoïétiques. L’azathioprine est inactif in vivo mais il est dégradé en 6-mercaptopurine et en thioinosine monophosphate qui sont des métabolites actifs. L’acide mycophénolique est le métabolite actif du mycophénolate mofétil. Ce dernier semble avoir un effet immunosuppresseur plus important que l’azathioprine pour prévenir le rejet de greffe. Son utilisation dans le traitement des maladies auto-immunes est beaucoup plus récente. Le méthotrexate est un inhibiteur de la tétrahydrofolate réductase, qui bloque la synthèse de thymidilate, la synthèse de novo des purines et la division cellulaire.

 

 

Le cyclophosphamide (ENDOXANâ) : c’est un agent alkylant de la famille des oxaphosphorines, formant des liaisons covalentes au niveau de l’ADN et conduisant à la mort cellulaire. Cette molécule agit sur les cellules en division. Leur action se fait essentiellement sur les lymphocytes B (suppression de la production d’anticorps), sur les lymphocytes T CD4 et CD8 positifs.

 

 

 

Après la mise en évidence de l’efficacité des immunoglobulines intraveineuses (Ig IV) dans le traitement du purpura thrombopénique auto-immun, leur effet bénéfique s‘est étendu à d’autres maladies auto-immunes. Elles sont utilisées dans la myasthénie, les polymyosites, les dermatopolymyosites, le lupus et les anémies ou thrombopénies auto-immunes. Les mécanismes d’action de ce traitement sont multiples et pas toujours bien prouvés : effets provoqués par la fixation du au récepteur Fc (blocage des récepteurs Fc, activation des signaux intracellulaires par le récepteur Fc), atténuation des lésions tissulaires induites par le complément, modification de la structure et de la solubilité des complexes immuns, libération de cytokines anti-inflammatoires, modulation de l’expression des molécules d’adhésion, blocage de l’effet des auto-anticorps pathogènes par des anticorps anti-idiotypes contenus dans la préparation, action sur le réseau idiotypique, contrôle du répertoire des cellules B et contrôle de l’activation de clones lymphocytaires…

 

 

 

Chaque maladie auto-immune a son schéma thérapeutique propre avec ses indications de traitements par anti-inflammatoires,s non stéroïdiens ou anti-inflammatoires non stéroïdiens (cortisone), et ses indications quant au recours à d’autres immunosuppresseurs. , purement symptomatiques ou/et substitutifs.

 

Dans les formes mineures du lupus érythémateux aigu disséminé, comme par exemple, une forme modérée articulaire, le traitement fait appel à l’aspirine ou aux anti-inflammatoires non stéroidiens per os. Dans les formes avec une atteinte viscérale plus diffuse ou plus sévère, les corticoïdes représentent le traitement le plus souvent prescrit. Le traitement de certaines formes histologiques d’atteinte rénale nécessite une association corticoïdes/ cyclophosphamide (ENDOXANâ). Plus récemment, le mycophénolate mofétil a été proposé dans le traitement des glomérulonéphrites lupiques prolifératives.

 

 

La corticothérapie reste la base du traitement des dermatopolymyosites et polymyosites. Les doses vont de quelques milligrammes jusqu’à 1 gramme par jour. Cependant, ce traitement a pour limite de ne pas être sélectif et d’entraîner de nombreux effets indésirables quand il est prescrit au long cours.

 

 

Le méthotrexate est essentiellement utilisé dans la polyarthrite rhumatoïde sévère. Dans les autres maladies auto-immunes, il est le plus souvent utilisés en cas d’atteintes viscérales graves ou en cas de corticorésistance ou de corticodépendance.

 

 

Les antimalariques de synthèse comme l’hydroxychloroquine (PLAQUENILâ) sont utilisés dans la forme cutanéo-articulaire du lupus systémique avec une bonne efficacité. Leur mécanisme d’action reste mal connu : diminution de la sensibilité aux ultraviolets, inhibition de la formation de complexes immuns et des phénomènes inflammatoires consécutifs à leurs dépôts, inhibition de la présentation de l’antigène par les macrophages.

 

 

Les échanges plasmatiques n’ont plus guère d’indication de nos jours, car les traitements médicaux actuels contrôlent mieux les maladies auto-immunes. Les rares indications concernent les formes fulminantes non contrôlées par les traitements médicaux ou les manifestations de vascularite associée à la polyarthrite rhumatoïde. Ce traitement est lourd de mise en oeuvre et n’est pas dénué d’effets indésirables.

 

 

Il faut noter que le traitement du syndrome de Gougerot Sjögren est avant tout symptomatique (traitement de la xérostomie et de la xérophthalmie) et que les corticoïdes ou autres immunosuppresseurs ne sont utilisés que lors d’atteintes viscérales extra-glandulaires graves.

 

 

La sclérodermie pose de gros problèmes thérapeutiques car aucun traitement neà ce jour permet à ce jour de contrôler l’évolutivité de la sclérose cutanée.

 

 

Plus récemment des autogreffes de moelle osseuse ont été proposées pour traiter les formes graves et rebelles de certaines maladies auto-immunes (lupus, sclérodermie, polyarthrite rhumatoïde essentiellement). Le but est d’éliminer la production de lymphocytes autoréactifs par une immunosuppression très forte et de réinjecter des cellules souches sélectionnés pour restaurer un système immunitaire moins auto-immun.

 

Enfin, concernant la myasthénie, l’exérèse chirurgicale du thymus reste la règle avec des cas de régression de la maladie auto-immune. Pour les thyroïdites endocrinopathies auto-immunes, le traitement est le pluspurement souvent symptomatique, le rapport bénéfice/risque des immunosuppresseurs étant trop faible.

 

 

Enfin, il ne faut jamais oublier l’importance de l’éducation du patient, de son information et de son adhérence au traitement. Des mesures symptomatiques comme la kinésithérapie, le traitement de la douleur, des atteintes viscérales, une prise en charge psychologique (…) des handicaps ne doivent pas être oubliées. De même, la prévention solaire, l’arrêt d’un traitement hormonal contenant des estrogènes oestrogènes et l’éviction de certains médicaments inducteurs de manifestations auto-immunes doivent être signales signalés au patient.

 

 

La surveillance des patients atteints de maladie auto-immune doit être clinique et biologique. Un examen clinique orienté est indispensable. La surveillance biologique dépend bien sûr de la MAI soignée et peut comprendre, par exemple dans une MAI systémique,  un hémogramme, un dosage des paramètres de l’inflammation (VS, CRP, fibrinémie), une électrophorèse des protéines, l’étude des fonctions rénale et hépatique, un ionogramme et une étude de la protéinurie et du sédiment urinaire. Un contrôle des paramètres auto-immuns avec anticorps anti-nucléaires(et, éventuellement,, anti-ADN natif et anti-antigène nucléaires solubles) ainsi qu’un dosage du complément doivent également être faits. La périodicité dépend essentiellement de la clinique. Enfin les complication inhérentes au traitement doivent être recherchées (effets indésirables des corticoïdes et autres immunosuppresseurs…) et l’on peut également évaluer le degré d’immunosuppression de ces patients par une phénotypage lymphocytaire.

 

 


Tableau 1 : Principales Maladies Autoimmunes

 

Maladies auto-immunes non spécifiques d’organe

 

Lupus érythémateux disséminé

Sclérodermie

Dermatopolymyosite

Polymyosite

Syndrome sec de Gougerot Sjögren

Polyarthrite rhumatoide

Syndrome des Anti-Phospholipides

Maladies auto-immunes spécifiques d’organe

 

Glandes endocrines

Thyroïdites : maladie de Hashimoto et maladie de Basedow

Maladie d’Addison

Diabète insulino-dépendant

Polyendocrinopathies

Tractus gastro-intestinal

Maladie de Biermer

 

Maladie Coeliaque

Rein

Syndrome de Good Pasture

 

Muscle et Nerfs

Myasthénie

Polyneuropathies

Guillain-Barré

Œil

Uvéite

Ophtalmie sympathique

 

Peau

Pemphigus, pemphigoïde bulleuse, pelade, vitiligo

 

Foie

Hépatites auto-immunes

Cirrhose biliaire primitive

 

 


Tableau 2 : Fréquence des différentes affections de la PEA de type I

 

Affection Sujets atteints (%)

Candidose 73-100

Atteintes endocriniennes :

- maladie d’Addison 72-100

- hypoparathyroïdie 76-79

- insuffisance gonadique 17-60

- diabète de type 1   7-12

- thyroïdites   4-11